Partagé entre drôlerie et suspense,
Le crime est notre affaire se
révèle être l'une des meilleures adaptations cinématographiques tirées de
l'univers d'Agatha Christie. Après Mon petit doigt m'a dit, le cinéaste
Pascal Thomas a de nouveau fait appel au couple constitué de
Catherine
Frot et d'
André Dussollier pour le meilleur et surtout pour le rire.
Six mois après sa sortie en salles (et plus d'un million de spectateurs), le
film paraît aujourd'hui en DVD en édition simple, mais aussi en coffret, réuni
avec son prédécesseur.
A cette occasion, Pascal Thomas nous a invité dans ses bureaux parisiens, un grand appartement d'où se dégage toute la richesse culturelle d'un homme littéralement passionné par son métier et l'Art en général. Rencontre avec un auteur et un réalisateur admirable.
Près de six mois après la sortie du film (qui a connu un très joli succès en salles), quel est votre état d'esprit ? Une sortie DVD est-elle aussi stressante qu'une sortie au cinéma ?Pascal Thomas) Le stress est un mot qui ne fait pas partie de mon vocabulaire... Donc je ne peux pas être stressé, je ne l'ai d'ailleurs jamais été. Je peux être inquiet, soucieux, tendu... mais pas stressé. Surtout pour la sortie d'un film. Je crois que celui-ci est mon vingt-troisième, on y a apporté tout le soin nécessaire, il a été « testé », et la sortie en salles a vérifié que nous avons fait les bons choix, au niveau du sujet, des acteurs, du montage... Ceci étant, ça ne veut pas dire que le film est génial, en tout cas ce n'est pas à moi d'en louer les qualités... Personnellement je l'aime beaucoup. La destinée d'un film, c'est d'être vu, et il a été vu... Maintenant il va être encore plus vu avec cette histoire de DVD. Mais pour moi, le DVD, ce n'est pas du cinéma. La télévision non plus. Quand on a commencé à diffuser du cinéma à la télévision, on aurait dû nommer ça autrement. On ne l'a pas fait, c'est dommage. Pourtant, le cinéma, c'est bien plus que cela. Avant j'étais collectionneur de films 16mm, et puis quand sont apparus les VHS et les DVDs, j'ai donné beaucoup de ces films à des Cinémathèques, même si j'en ai gardé quelques-uns. Et il y a deux ans, je me suis retrouvé devant 300 à 400 DVDs que je n'avais jamais ouvert. A l'époque, je les avais acheté parce que j'étais attiré par les bonus, ou par je ne sais trop quoi, ou des films rares qu'il était difficile de voir autrement. Et tout à coup, je me suis aperçu que ce que j'aimais avant tout, c'était la projection. Je me suis donc à nouveau lancé dans le circuit des bandes 16mm, et vous voyez, dans mon bureau, nous sommes envahis de pellicules, de livres... Bref, de tout ce qui est palpable !

J'organise même des projections, j'ai des enfants qui viennent, ma famille, leur copains... Et ils adorent cette ambiance, avec le bruit du projecteur. On constate finalement chez les plus jeunes un renouveau du goût pour l'« ancien », malgré l'industrie actuelle. C'est la même chose en photographie. On lance le numérique, et d'un seul coup ils vont rechercher des polaroïds sur internet, enfin ce qu'il en reste. Pour le vinyle, idem... Ça ne veut pas dire que l'on va retrouver des artisans de jadis dans tous les domaines. Mais le virtuel, ce n'est pas forcément ce qui va satisfaire tout le monde. Pour ce qui est du DVD, c'est un prolongement. Vous me diriez «
Des images de votre film sortent sur des assiettes fabriquées à Limoges », ça serait pareil... Les héros de Balzac, par exemple, se sont retrouvés sur des fonds d'assiettes. Voilà donc pour moi ce que représente un DVD : un fond d'assiette. Maintenant, les gens semblent de plus en plus intéressés par ça, et vous allez penser que tout ce que je dis n'est pas très commercial. Chez Canal, ils vont s'effondrer en entendant ces propos... (Rires)
On retrouve d'ailleurs deux éditions : une avec Le crime est notre affaire, tout seul, et une autre proposant votre diptyque, à savoir le film et son prédécesseur, Mon petit doigt m'a dit.... Est-ce une volonté de votre part ?C'est le commerce qui veut ça... Moi je suis réalisateur de films. Dans cette maison de productions, c'est Nathalie Lafaurie qui est productrice. Alors il y a des accords qui sont fait avec des financiers, notamment avec Studio Canal... Et parmi ces accords, on cède des droits. Alors ces gens-là croient beaucoup aux vertus des catalogues, donc ils éditent énormément. Étant donné qu'ils sont financiers des deux films, enfin co-financiers puisque UGC était aussi sur le premier, il était logique de les réunir. La seule particularité est qu'habituellement ce genre de coffret intervient en fin d'année, quelques semaines avant Noël. Pour une fois, ils ont décidé de faire une exception... On verra bien ce que ça donne.
C'est votre troisième adaptation inspirée de l'oeuvre d'Agatha Christie. Qu'est-ce qui vous séduit principalement chez cet auteur ?Disons qu'il y a des thèmes qui me plaisent, et sur lesquels je peux inventer. Toute adaptation doit permettre une invention sans complaisance et considérable. C'est le classicisme. Quand La Fontaine adapte Esope (
écrivain Grec, entre le VIIème et VIème Siècle avant JC, à qui on attribue la paternité de la fable comme genre littéraire, ndlr), il ne se pose pas la question de faire une fable ou pas. Ce qui compte, c'est la manière et la forme selon lesquelles l'oeuvre nouvelle va être écrite. Ces adaptations d'Agatha Christie sont extrêmement libres et singulières. Ce n'est pas à moi de le dire, mais c'est certainement cette singularité qui a fait que les films ont plu et ont été acceptés. Parfois, on soigne certains décors, on invente des scènes, on s'oriente légèrement vers le fantastique... Bien sûr, on est respectueux du genre que l'auteur a créé. Mais cela ne nous a pas empêché d'y ajouter une touche personnelle.