Revenons au premier épisode : comment avez-vous choisi les deux interprètes principaux, Catherine Frot et André Dussollier ? Comment avez-vous eu l'idée de les réunir ?J'avais déjà fait un film avec
Catherine Frot, qui s'appelait
La Dilettante. Ensuite, elle avait accepté un petit rôle dans
Mercredi, folle journée. Donc on se connaissait plutôt bien. Puis la France est entrée dans une période assez trouble pour le cinéma, avec les histoires d'intermittents, le renouvellement des financements, etc... Et parallèlement, j'avais déjà commencé la préparation d'un film avec, pour partenaire, TF1. Un comédien avait été choisi, et finalement, j'en ai préféré un autre quelque temps après, chose qui m'arrive fréquemment... Mais « ils » ne voulaient pas de ce changement-là... On a tout de même continué à travailler dessus et notamment tourné des scènes d'avant tournage avec
Cécile de France, car je voulais profiter des travaux du Grand Palais. Et en vingt-quatre heures à peine, TF1 se retirait du projet. Bref, le film s'arrête et l'équipe est indemnisée. Pour en revenir au stress, je n'étais absolument pas stressé, j'achetais mes journaux comme si de rien n'était. Pourtant, j'étais tricard avec TF1, Patrick Le Lay me faisait un procès parce que j'avais écrit un article dans Le Monde où je le traitais de « tueur », c'est devenu un ami après... A Canal + ce n'était pas mieux car j'avais déclenché une grève provisoire, sur France Télévisions on me reprochait des envahissements de plateaux alors que j'en n'étais qu'à moitié responsable...
Entre temps, on m'avait également retiré les subventions de mon film. J'entrais donc dans une situation un peu chaotique, et c'est là que j'ai eu l'idée de partir sur l'adaptation d'un auteur connu. Tout s'est décidé très vite.
Catherine Frot était ascendante depuis
La Dilettante,
André Dussollier était aussi dans une très bonne période... Le couple se dessinait bien et me paraissait très cocasse, purement cinématographique à l'image de Laurel et Hardy, ou
Jerry Lewis et Dean Martin. Le thème de l'histoire me plaisait beaucoup, et je savais qu'il y avait un certain nombre de choses intéressantes à creuser. La situation s'est donc retournée, et j'ai pu lancer ce film sans la moindre difficulté. Comme quoi, il faut savoir dire les choses, il n'y a pas mieux pour repartir d'un bon pied. J'en vois tellement qui sont à plat ventre devant les supposés pouvoirs, pour finalement arriver pas grand chose... Je suis aussi un chanceux. Pour
Mon petit doigt m'a dit, je voulais tourner en Suisse, mais c'était trop coûteux. On s'est donc rabattu sur la Savoie, ce qui fut une très bonne idée. D'où l'importance de l'adaptation... Pareillement, dans le livre, les personnages principaux habitent une petite maison... En faisant les repérages, il y avait un château qui me plaisait beaucoup, même si je ne savais pas encore comment l'utiliser. C'est comme ça que j'ai décidé de le donner aux héros du film. Idem pour le parc automobile... Et ainsi de suite. L'atmosphère se construit donc au fur et à mesure. Et l'objectif était de réaliser un film qui embellit toute chose. Par exemple, je ne voulais surtout pas tourner dans une véritable maison de retraite. On a donc choisi un hôtel, construit au 19ème Siècle, et nous nous en sommes servis comme décor. On est donc plus dans une fantaisie rêvée que dans la réalité. Et on a tenté de conserver cette ligne directrice pour le deuxième « épisode »... On a tendance aujourd'hui à laisser tomber la fantaisie au cinéma, en grande partie pour des raisons économiques, mais pas uniquement. On oublie bien trop souvent les films de Jacques Tourneur... Les films de cette époque avaient peu de moyens mais ils étaient tournés en noir et blanc, donnant à l'image une ambiance et un aspect très particuliers que la couleur ne rend malheureusement pas. Il y a tellement de choses qui devraient encore être faites aujourd'hui mais qui ne le seront pourtant jamais plus...

Aura-t-on un jour la chance d'assister à une nouvelle aventure de Prudence et Bélisaire au cinéma ?Une chance ? Pour certains, le terme me paraît juste, mais pour tous ceux qui n'aiment pas ces films, je ne sais pas si on peut appeler ça une chance... (Rires) Oui, je pense que l'on va essayer d'en faire un autre. Il y a deux ou trois sujets auxquels on songe. Maintenant, attendons de voir.
Catherine Frot prépare actuellement
Imogène. Au début, je n'étais pas très heureux de ça. Les romans de Charles Exbrayat sont des sous-produits d'Agatha Christie, et on y retrouve un certain nombre de points communs, puisque les histoires baignent généralement dans le whisky et l'Ecosse... Si ce « truc » ne gêne pas, on écrira une nouvelle aventure de Prudence et Bélisaire. Dans le cas contraire, on s'arrêtera là...
Vous avez d'autres projets, peut-être plus concrets ?Oui, on travaille actuellement sur une comédie. Les sentiments en seront le sujet principal, mais sur un ton très moqueur...