De temps à autre, une idée surgit des brainstormings intensifs des rédactions croisées de Dvdrama et d’Excessif : il s’agit d’un nouveau rendez-vous hebdomadaire qui aura lieu le jeudi et qui permettra à nos lecteurs de réagir à chaud sur les films sortis durant la semaine.
Le jour d’après permettra ainsi d’avoir un panorama d’avis divers sur l’actualité cinéma brûlante et sera intégralement rédigé par nos lecteurs excessifs. Pour participer, il suffit d’aller voir un film le jour de sa sortie et d'envoyer un mail à
laurent.tity@dvdrama.com ou de poster simplement son avis chiffré sur les forums des critiques cinéma. On attend avec impatience vos écrits à partir de mercredi prochain.
LA FAILLEHellJohnSuspense psychologique élégant et efficace, encore un bon p'tit film du père Hoblit !
Après son surprenant
Peur Primale (qui a pris un petit coup de vieux et dont le fameux twist sur lequel repose tout l’intérêt du film est en partie gâché par le cabotinage de la révélation Edward Norton), son décevant
Le Témoin du mal (un thriller sataniste banal, mou et moche, seulement rehaussé par son casting et quelques séquences marquantes), son excellent faux thriller militaire
Mission Evasion (merci au titre français de spoiler toute la surprise de l’intrigue) et son étonnant drame de science-fiction
Fréquence interdite (une variation inventive et palpitante de la faille spatio-temporelle), le p’tit malin Gregory Hoblit revient en forme (son film a d’ailleurs fait un joli score au box office US) avec un nouveau film de procès,
La Faille (un projet né il y a déjà 6 ans), 10 ans après
Peur primale. Ce n’est plus ce bon vieux Richard Gere dans le rôle de l’avocat, mais le jeune et prometteur Ryan Gosling. Et ce n’est plus le jeune et prometteur Edward Norton dans le rôle de la fausse victime, mais ce bon vieux Anthony Hopkins.
Contrairement aux apparences,
La Faille n’est pas un film roublard à base de twists et de révélations, même si c’est assez proche de
Peur Primale. On retrouve en effet le combat d’un super avocat sûr de lui dont on adopte le point de vue contre (ou pour) un criminel qui se sert de la justice pour s’innocenter. Le tableau de la justice (que le cinéaste a souvent dépeint à la télévision à travers ses séries
New York Police Blues, Capitaine Furillo ou
La Loi de Los Angeles) est ici plus réaliste, plus authentique et documenté, là où l’on retrouvait des clichés du milieu dans
Peur primale. Comme dans
Peur Primale ou
La Nuit des juges de Peter Hyams,
La Faille se joue des aberrations de la Loi, de ses failles (justement), avec une certaine ironie, à l’image du personnage assez humoristique d’Anthony Hopkins (souriant, candide, avec ses faux airs innocents, son sang-froid déstabilisant et ses petites répliques piquantes) qui prend un grand plaisir à manipuler la justice. Une ironie qu’on repère dès la tagline de l’affiche : « J’ai tué ma femme. Prouvez-le ».

Le récit, pas aussi sinueux que prévu, épouse le personnage d’Hopkins : intriguant et à première vue agréable (comme l’acteur, qui inspire immédiatement la sympathie), serein, il avance tranquillement comme si tout était calculé, maîtrisé, contrôlé. Et le but de l’avocat, c’est de trouver la faille pour faire tomber celui qui lui a quasiment lancé un défi et qui semble s’amuser comme un petit fou avec ce procès, pour détourner ce récit qui semble tout tracé (la construction du film est assimilée au circuit qu’a construit le personnage d’Hopkins et dans lequel une boule roule dans un chemin tout indiqué). Le film ne joue pas sur la surprise comme un
Peur Primale, mais sur l’attente. N’attendez pas une quelconque révélation, il n’y en aura pas.
La Faille confronte simplement deux intelligences. Ce n’est pas un film malin : ce sont ses deux personnages qui le sont (c’est un peu le jeu du plus malin). Comme pour les précédents films du cinéaste, c’est brillamment construit et la mécanique est sans faille (ce n’est pas un hasard si le personnage d’Hopkins est ingénieur). C’est peut-être d’ailleurs ça le problème :
La Faille semble trop parfait, trop huilé, au détriment de la thématique, ce qui n’est pas plus mal car le cinéaste ne s’encombre ainsi pas d’un quelconque message social ou humaniste, et s’attarde avant tout sur son suspense. Mais malgré certaines séquences assez amorales et marquantes (les « deux morts » du personnage d’Embeth Davidtz), le film demeure trop calme, sans grandes surprises. Cependant, une certaine tension parcourt le récit, qui peut déraper à tout moment (c’est ce qu’on attend), et quelques passages sont même particulièrement intenses (le final dans la maison). Bien que classiques (les choix du personnage de Ryan Gosling), les enjeux captivent.
La Faille est plus un vrai suspense qu’un film de procès (peu de séquences dans le tribunal, mais des bonnes). Mais par sa mise en scène fluide et tout en beaux travellings (le style aérien et discret de Hoblit fait des merveilles), le réalisateur parvient presque à en faire un film d’action avec juste des dialogues (très bons). Encore une fois chez Gregory Hoblit, le scénario est intelligent, mêlant habilement mais nerveusement divertissement et réflexion, en évitant les poncifs qui pourraient abonder dans ce genre de film de facture classique, bien que l’évolution du personnage de Ryan Gosling soit assez prévisible (le p’tit con arrogant qui va apprendre à penser aux autres avant de penser à son égo et qui va refuser les facilités qui s’offrent à lui… en bref, il devient un type bien) et que le personnage de psychopathe glacial d’Hopkins entre lui aussi dans le domaine du déjà vu (le riche ingénieur calculateur qui parle en métaphores). Hoblit ne tombe pas dans le piège du téléfilm façon
Colombo (bien que l’intrigue s’en approche), d’ailleurs la photo est soignée et la musique (de Jeff et Mychael Danna) envoûtante. L’atmosphère, élégante, est prenante malgré sa sobriété.
Atout principal du film, la confrontation Hopkins / Gosling est impressionnante. Hopkins, qui joue en général soit des types machiavéliques et ignobles (mais c’est plus rare), soit de vieux braves et sages (nous sommes donc ici dans la première catégorie), n’a pas été aussi bon depuis longtemps. Tout en cabotinant avec jubilation, il évite à son personnage, certes peu original, de sombrer dans la caricature. Ryan Gosling, révélation du cinéma américain de ces dernières années (
Danny Balint, Calculs meurtriers, The United States of Leland, N’oublie jamais, Stay…), fait ici énormément penser à Brad Pitt dans ce rôle de procureur du service public : allure, mimiques, gestuelle, visage, etc. (même le doublage français, je crois). C’est vraiment flagrant, d’autant plus qu’on a déjà vu plusieurs fois Brad Pitt et Hopkins réunis à l’écran (ça fait donc logiquement « tilt »). Un petit mot sur le reste du casting : on y retrouve aussi le rare David Strathairn (récemment revenu en force dans
Goodnight and good luck.), la belle Embeth Davidtz (que le réalisateur avait déjà dirigée dans
Le Témoin du mal), la talentueuse et très jolie (et même ici très sexy) Rosamund Pike (la méchante anglaise dans
Meurs un autre jour, la scientifique dans
Doom et une des sœurs dans
Orgueil et préjugés), Bob Gunton, Billy Burke (un second couteau habitué aux séries TV), Fiona Shaw et l’excellent Cliff Curtis (dernièrement superbe dans
Sunshine).
La Faille est donc un bon thriller psychologique qui, comme (presque) tous les films de Hoblit, ne souffre d’aucun gros défaut, mais auquel il manque un petit quelque chose pour aller plus loin. Ici, ça manque de surprise, de retournements de situation (en contrepartie, le film n’en est que moins tordu et donc plus crédible), là ou le pitch pouvait nous en promettre beaucoup. Mais le suspense est ludique et parfois jubilatoire.
7,5/10 La Critique Portrait : Anthony Hopkins