EPILOGUE: LE TRIOMPHE SANGLANT DE LA FATALITELa fin du premier film est ironique. Michael accepte d'être le parrain du fils de sa soeur, en même temps qu'il envisage de tuer le mari de cette dernière. Aux funérailles du Don sont posées les bases du crescendo de violence pour éliminer les conspirateurs (cela deviendra une tradition dans la saga). Les traitres sont démasqués, les représailles peuvent commencer. L'insouciance et l'innocence de Michael, bien réelles au début du film deviennent une façade, mises en scène avec fastes lors du baptême de son neveu. Selon la tradition, il affirme sa foi en Dieu, renie le mal ainsi que Satan et ses agissements. Pacino acquiesce d'une voix monocorde, presque sombre et lasse, sans illusions.

Parallèlement au baptême, on voit les sacrifices, les rites beaucoup plus barbares, la famille Corleone impose sa suprématie par le sang. Et elle ne connait plus de morale. Michael s'aventure déjà au delà de toute rédemption (comme il le confessera dans le troisième épisode). Il va jusqu'à tuer le mari de sa soeur, qui avait conspiré pour tuer Santino. Michael devient un maitre du double jeu et un fin dissimulateur, un manipulateur caressant et cruel. Il prétend d'abord laisser la vie sauve à sa victime pour entendre ses aveux puis le fait tuer (comme ça sera le cas plus tard avec son frère Fredo).
Ce qui crée la confrontation finale où sa soeur Connie, hystérique et folle de chagrin fait irruption dans la maison familiale en dénonçant cet horrible forfait. Michael reste impassible, allant jusqu'à lui donner une accolade pour l'apaiser, alors qu'elle a raison sur toute la ligne. Diane Keaton s'approche alors fébrilement de Pacino. Lui demande s'il y a une part de vérité dans tout cela. Il refuse par deux fois de répondre, de sa voix calme et froide. Elle ne doit pas l'interroger sur ses affaires. Puis sa rage, sa cruauté, son inhumanité se dévoilent dans une explosion de colère fulgurante comme un coup de feu lorsqu'il lui crie « Assez! » -de ces fureurs que Pacino seul fait sonner juste-. Enfin, il lui ment, prétendant qu'il n'a rien à voir là dedans. Elle est apaisée. Le film se referme comme la porte sur Kay, lorsque ses hommes lui baisent la main en signe de loyauté.

On peut dire que ce film, même si Brando en est la figure centrale, est en fait le récit de cette perdition là. Une âme se perd, celle d'un homme bien, Michael, emporté par la tradition noire de sa famille. Dès le départ, il veut s'en dissocier, il passera son temps à échapper à cette fatalité qui finira par détruire jusqu'à ses dernières parcelles d'humanité et d'espérance, toutes les valeurs qui le constituaient en tant qu'individu.
Les suites à ce film originel continuerait d'explorer cette voie de deux manières très différentes, mais les fondements du personnage, les face-à-face intimes et évocateurs, le mode de narration s'impose avec force (les assassinats violents et sacrificiels, les fêtes de famille, les rencontres dans le bureau du parrain, l'ironie tragique). Ce film est la source et fonde la « poétique » d'une inoubliable tragédie cinématographique, celle d'un homme, Michael Corleone et de sa famille.