Si à l'orée du vingt-et-unième siècle le cinéma européen semblait stagner dans des limbes entres longs-métrages auteurisants et comédies (on schématise, mais ce n'était pas loin), la situation semble vouloir changer depuis quelques années et nous assistons alors à un regain d'intérêt progressif sur le vieux continent pour des oeuvres autres. Le retour du cinoche de genre peut ainsi se constater un peu partout en Europe, le marché s'étant considérablement re-développé avec l'avènement du DVD qui permet de produire des films pour pas grand-chose tout en ayant une énorme fenêtre spectatorielle potentielle. Et à ce petit jeu, les genres de l'horreur et du fantastique se taillent la part du lion car, pour peu que l'on ait un peu d'ingéniosité et de talent, les bénéfices d'une oeuvre même à tout petit budget peuvent atteindre des cimes. Sans compter que la nouvelle génération de réalisateurs émergeant actuellement se montre très intéressée par cette tranche du cinéma, qui les a fait frissonner durant leur adolescence avec le renouveau sanglant que connut l'horreur dans les années 80. Autant de facteurs amenant aujourd'hui des pays comme l'Espagne ou la France à faire preuve d'un engouement des plus talentueux en la matière sans oublier bien sûr, et c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui, nos voisins d'outre-Manche. A l'occasion donc de la sortie en DVD de l'excellent
Bienvenue au cottage, nous vous proposons de faire avec nous un petit tour d'horizon du renouveau sanglant du cinéma anglais, de ses artisans ainsi que des surprises qu'ils nous réservent pour l'avenir. Tentés ? A vos risques et périls, alors, parce qu'on ne va pas plaisanter. Ou bien ce sera les pieds dans la tripaille et le visage maculé de sang !
Des débuts rentre-dedans
Enfin il faut bien avouer que, au départ, les choses n'allaient pas du tout dans le sens de la plaisanterie. Quand tout (re-)commence ainsi très précisément en 2002, alors que nous pensions le cinéma britannique coincé dans le drame social ou, au mieux, la comédie sociale, c'est à plusieurs chocs successifs que nous sommes confrontés. Parce que de ce paysage moribond surgissent surgissent tout à coup, sans prévenir, des films d'horreur qui n'y vont pas avec le dos de la cuillère. De vraies péloches sanglantes et très premier degré dont le maître-étalon est alors, sans conteste, 28 jours plus tard de Danny Boyle. Il est d'ailleurs intéressant de noter que si ce film entérinait d'une certaine façon le renouveau du cinéma anglais horrifique, il constituait aussi pour son réalisateur une sorte de renaissance, de retour aux sources après ses deux échecs commerciaux hollywoodiens que furent La Plage et Une vie moins ordinaire. Décidant de faire un petit film sur ses terres sans trop de contraintes, tourné plus ou moins à l'arrache et à l'économie grâce au support vidéo, il livre mine de rien un long-métrage nerveux au possible et très malin dans sa variation sur le thème du zombie, imposant l'image de l'infecté comme le mort-vivant nouvelle génération. Et si son goût pour les expériences variées ne devrait pas conduire Danny Boyle a revenir au genre de sitôt (à moins qu'il ne décide de faire 28 mois plus tard, sait-on jamais), il n'en va pas de même pour un jeune réalisateur qui se fait remarquer en cette année 2002 avec une histoire de militaires en pleine manoeuvres se retrouvant à affronter des loups-garous.
Vous aurez alors bien sûr reconnu Neil Marshall et son
Dog Soldiers, une petite péloche sympathique qui nous annonçait joliment le talent du monsieur, lequel éclaterait sans ambages trois ans plus tard avec le claustrophobique et extrême
The Descent. Une réussite totale et un succès mondiale, assurant à son auteur une liberté dont il va user pour se faire plaisir et livrer ainsi le fendard
Doomsday, bien moins tourné vers l'horreur -même s'il en subsiste de beaux restes- que ses précédentes oeuvres. Un mouvement que l'on devrait continuer à retrouver dans les prochains films de Neil Marshall, mais qu'importe puisque nous savons qu'il a dans ses cartons un projet nommé
Sacrilege qui n'est ni plus, ni moins qu'un western gore ! Pour finir, cette plongée dans le cinéma horrifique anglais de l'année 2002 ne serait pas complet si nous omettions de citer un autre réalisateur étant lui aussi apparu à cette époque, à savoir Michael J. Bassett avec
La Tranchée. Un film dans lequel Jamie Bell et
Andy Serkis sont confrontés à des phénomènes surnaturels émergeant des tranchées de la Première Guerre Mondiale, entre fantastique onirique et horreur totale. Une bonne surprise, passée malheureusement inaperçue lors de sa sortie (chez nous, ce fut en direct-to-DVD en 2004), ce qui ne l'empêcha pas pour autant de mettre en images en 2006 le survival canin
Wilderness et de travailler aujourd'hui sur l'adaptation de
Solomon Kane, d'après les écrits de Robert E. Howard.
Humour so bristishMais si les choses semblaient plutôt sérieuses au départ, il ne faut pas oublier pour autant que l'Angleterre est la patrie des Monty Pythons et de l'humour noir et cela va alors se ressentir très vite dans sa production horrifique. Dès 2004, en fait, quand le geek Edgar Wright met en scène ses potes geeks Simon Pegg et Nick Frost dans la première comédie romantique avec des zombies de l'histoire du cinéma,
Shaun of the Dead. Une comédie brillante, à hurler de rire, et qui s'offre en même temps le luxe d'être un véritable film de zombies répondant à tous les impératifs du genre, gore compris. Parce que les britanniques, avec leur flegme caractéristique (c'est en tout cas ce que dit la légende), aiment à rire des choses outrageantes, excessives (rappelez-vous, entre autres, la scène du chevalier noir dans
Sacré Graal), et la bande de trublions de s'y adonner alors à coeur joie. Ainsi, même quand ils réalisent quelques années plus tard la parodie de films d'action
Hot Fuzz, ils trouveront le moyen d'y insérer quelques plans particulièrement sanglants. Parce qu'ils aiment ça, sincèrement, et qu'ils aiment jouer avec ce qui a toujours nourri leur imaginaire comme cela se voit tout au long de leur jeune carrière, de la série
Spaced au futur
The World's End qui devrait marquer les retrouvailles du trio. Une constance dans l'humour que l'on ne retrouve pas forcément chez les autres réalisateurs s'étant illustrés dans le genre de la comédie horrifique, à commencer par Christopher Smith.