Prenons un moment pour penser aux gens qui souffrent, car oui, les tueurs aussi ont un cœur… Ils sont parfois désemparés, névrosés, en proie à l’ennui ou à la mauvaise conscience voire à la culpabilité. C’est précisément ce qui arrive à
Colin Farrell et
Brendan Gleeson dans
Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh (sortie le 14 Janvier en DVD). Après un coup qui a mal tourné et avec un gangster très énervé qui leur propose de passer un doux séjour dans la Venise du nord, ils sont en proie au Spleen et au vague à l’âme. C’est une chose d’exécuter des contrats d’un cœur léger, mais quand soudain ces criminels prennent un peu de recul, ils sont en proie au désarroi.
Ainsi
Colin Farrell ressasse le souvenir du moment où il tua par accident un jeune garçon. Imperméable au charme de la ville et aux merveilles culturelles que son compagnon lui vante, il tente d’échapper à l’ennui et à l’introspection avant de tenter de sauver sa vie. Dans
Bons baisers de Bruges, ce qui compte avant tout, c'est l’état d’âme des personnages. C'est ce qui inspire le ton décalé de cette oeuvre pleine d'humour noir.
Le poids du meurtre, rédemption impossibleMais cet état de doute, de désarroi court dans bien des films. On se souvient du début d’
Impitoyable de
Clint Eastwood, quand
Morgan Freeman, tireur hors pair au fusil, se trouvait incapable de tuer un homme. Peu à peu le méchant de cinéma révèle sa part de fragilité, la réalité solitaire de sa triste condition (ce qui est le cas depuis
M le maudit de Fritz Lang). Eastwood nous rappelait que ce n’était pas rien de tuer un homme, que l’on ne s’exécutait pas forcément le cœur léger. Cela laisse des blessures profondes, irrémédiables, comme des péchés qui ne trouveront pas de rédemption, quoiqu’on fasse, une fatalité à laquelle on n’échappe pas, même en se réfugiant à Bruges… Ainsi, même si le ton est ironique dans le film de Martin McDonagh, c’est encore de rédemption dont il est question ; comme toujours serait on tenté de dire, dans les grands classiques du genre comme
le Parrain de
Francis Ford Coppola et avec le péché mortel qui clôt son second volet.
Mais c’est à une autre grande œuvre que l’on songe d’abord en évoquant cette impossible repentance : L'Impasse de Brian de Palma. Son héros Carllito Brigante (
Al Pacino, magistral) tente d’échapper à son ancienne vie marquée par la drogue et le crime en sortant de prison. Mais tous ceux qu’il fréquente le renvoient à son passé controversé. Poursuivi par la fatalité, le criminel, même repenti et rongé de remords sera traqué, souvent jusqu’à ce qu’il succombe. Il ne trouvera jamais la paix ou l’oubli. La conscience est là qui veille, ou à défaut, un ennemi très motivé qui ne lâchera pas prise et réclamera son dû.