Par La Rédaction - publié le 16 novembre 2007 à 11h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h27 - 0 commentaire(s)

ROCKY – COLLECTOR
Oscar Meilleur Film 1977

Image : 8/10
Etait-ce de l'indulgence, de la compassion parce que l'on était content de redécouvrir Rocky dans de telles conditions ou une simple acceptation de la fatalité en se disant que de toute façon ce ne serait pas mieux, mais on ne bronchait finalement pas trop sur l'état de la copie de la précédente édition. Et pourtant il y avait de quoi : image concrètement sale et fourmillant d'artefacts aux quatre coins de l'écran, tremblement trahissant les changements de pellicule – et donc un master qui n'était pas tiré de l'original –, des couleurs qui tiraient vers le jaune orangé, un manque de définition certain et un contraste ayant la main lourde sur les noirs assombrissant des plans qui n'en avaient pas besoin. A bien y regarder, c'était la cata ! Bonne nouvelle, cette nouvelle édition corrige tous ces inconvénients, ou presque.


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Edition collector

Après l'expérience James Bond il y a quelques semaines, il devient obligatoire de revoir notre jugement sur l'acceptation des restaurations made in MGM n'atteignant pas le niveau d'un Dr No, mais force est de reconnaître que si Rocky ne va pas jusqu'à perdre totalement ses 30 ans à l'image, et s'il ne fait pas sonner tambours et trompettes comme l'agent secret de sa majesté, il nous assigne ici une remise à neuf particulièrement soignée. Stabilité, rééquilibrage des couleurs et définition répondent enfin à l'appel d'un film assurément plus agréable à regarder. Une image également plus nette que la compression DVD n'entache jamais et qui bénéficie enfin d'un contraste propre, n'abusant pas des noirs. Ces derniers ne sont certes pas d'une profondeur abyssale et un grain cinéma persistera souvent, mais pour une œuvre indépendante datant de 1976, le film d'Avildsen s'offre une jouvence convaincante.


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Pourtant un bémol vient entacher cette restauration puisque la nouvelle copie de Rocky souffre un léger recadrage. Pas forcément évident au premier coup d'œil, un comparatif avec l'édition spéciale zone 1 permet néanmoins de constater une rognure sur les bords de l'image, faisant perdre ainsi quelques éléments. Et bien évidemment la très bonne note que la restauration aurait mérité…


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Son : 7/10
Pour cette réédition, Rocky bénéficie d'un nouveau mixage 5.1 mais les différences avec le précédent sont quasi inexistantes si l'on excepte quelques tentatives d'offrir un léger relief à l'univers frontal. Un peu de fond sonore par ci, un métro aérien ou quelques klaxons par là ne constitueront pas un véritable enveloppement et l'on s'en réjouit finalement. Mixé originellement en mono, le film n'avait pas besoin de jongler avec les effets tous azimuts de toute façon et se sert surtout du 5.1 pour offrir une belle clarté aux dialogues mais surtout pour mettre en avant d'une manière assez saisissante la bande originale de Bill Conti. Le célèbre thème musical de la franchise sait se montrer imposant sans pour autant être trop bruyant. Contrairement à la piste française 5.1 qui, comme pour combler le long mono étouffé qu'il est en réalité, éprouve le besoin d'augmenter les décibels sur les mêmes passages musicaux au point de trop saturer. C'est, de toute façon, vers la version originale qu'il faut se retourner pour apprécier les qualités techniques et artistiques du film.


Interactivité : 8/10
DVD 1

Commentaires audio :
Il ne fallait sans doute pas moins de trois pistes de commentaires pour retracer l'incroyable aventure de Rocky au cinéma, certes, mais c'est pourtant vers le premier que l'on se retournera. Enregistré seul il y a encore très peu de temps, Sylvester Stallone rattrape ainsi son absence très remarquée du commentaire collégiale de l'édition précédente (également proposé ici, on en reparle plus bas), et propose une fascinante visite au cœur du film qui l'a révélé au public, en allant d'une part, bien plus loin dans la richesse des propos que ce qu'un acteur ferait normalement – en général un témoignage de privilégié – mais en proposant surtout à lui seul un vrai guide sonore de l'histoire du film. En effet, sa présence derrière le micro n'a rien d'un gadget promotionnel pour soutenir la sortie du sixième volet (dont il parlera néanmoins à plusieurs reprises), mais en sa qualité de créateur du film et de la saga, puisqu'il en est le scénariste, Stallone nous apprend tout simplement tout ce qu'il y a savoir sur Rocky.


Mue par une foultitude de souvenirs resurgissant à chaque plan, le bonhomme débite, sur un ton certes parfois mécanique, les explications de tournage, anecdotes et divers travaux d'écritures sur la nature de chaque personnage par lesquels le film est passé en nous épargnant aucun détail et expliquant ainsi le sens de tout ce qui est affiché à l'écran. Décors, acteurs, figurants et autres conditions de tournage sont ainsi passés naturellement à la moulinette comme si le tournage datait d'hier. L'ensemble reposant sur un budget extrêmement faible, on sera surtout régulièrement surpris des nombreux systèmes D par lesquels l'équipe est passée pour donner vie au film (les cris du public lors des combats sont parfois enregistrés par les comédiens principaux du film eux-mêmes), et des petites bourdes vite reconnaissables à l'écran, comme le camion du matériel technique qu'on a oublié de déplacer. Quoi qu'on puisse penser de l'injustement décrié Sylvester Stallone, le comédien/scénariste/réalisateur démontre ici qu'il peut exceller sans discontinuer à l'exercice du commentaire durant deux heures.


Le second commentaire est en fait le premier. Celui enregistré pour le DVD paru en 2000, auquel participent tous les autres maillons forts du film (le réalisateur John G. Avildsen, Talia Shire, Carl Weathers, Garrett Brown - opérateur de la steadicam – et les deux producteurs) malgré le fait qu'ils aient été enregistrés les uns indépendamment des autres puis "réunis" dans un montage bricolé, comme sur certains des épisodes de James Bond. Le tout introduit et guidé par Burt Young lorsqu'il ne commente pas lui-même ces séquences clés. Ainsi, on revisite le film de fond en comble malgré le manque de spontanéité de l'ensemble – on est bien loin de l'inspiration perpétuelle de Stallonne tout seul – ainsi que quelques inévitables répétitions. C'est néanmoins vers ce dernier qu'il faudra se tourner pour un décorticage plus technique.

Plus dispensable, et s'adressant essentiellement aux férus de boxe pure, et de ses propres mythologies (on s'éloigne alors du film, dont le sport n'est qu'un prétexte), le dernier commentaire donne justement la parole à un commentateur sportif accompagné d'un entraîneur de boxe, Lou Duva. Ca rigole beaucoup, ça reste historiquement informatif, mais ce n'est pas forcément passionnant. Trois rounds avec l'entraîneur légendaire Lou Duva (4min34) :
Quand on parle du loup… Déjà présent sur une piste de commentaires un peu vaine, comme indiqué plus tôt, l'entraîneur Lou Duva nous explique brièvement en quoi consiste son rôle dans la vie d'un boxeur, avant, pendant, et après une rencontre sur un ring. Bref, sans réel intérêt pris en l'état, mais la courte durée du documentaire l'empêche d'être assommant.

A la rencontre d'une légende : Bert Sugar (6min49) :
Histoire de boucler la mini boucle, ce module se focalise fort logiquement sur le deuxième intervenant du commentaire "hors film" qui nous est proposé en plus de ceux de l'équipe du film. Auteur, commentateur et historien du sport, Bert Sugar finit par s'égarer parfois un peu trop dans les superlatifs à propos des répercutions du film sur le milieu, mais se montrera néanmoins bien plus passionnant à écouter que son comparse précédent.


Un aperçu de Rocky Balboa (3min37) :
On reste ici concrètement dans un petit martèlement commercial qui tient à nous rappeler que Rocky Balboa sera prochainement sur les écrans. Chose d'autant plus amusante puisque lorsque le DVD sera disponible dans le commerce aux États-Unis, le film sera déjà sur les écrans. Les stickers sur l'emballage s'occuperont probablement du reste, donc on fait aisément l'impasse sur cette featurette sans grand intérêt…


Les opposants (16min12) :
Un module qui nous rappelle que Rocky, c'est aussi une histoire de boxe et qu'un combat se déroule généralement à deux. On s'intéresse donc ici aux adversaires, et même aux méchants de cette saga en analysant tout l'aspect mythologique du héros et de l'intérêt d'affronter quelqu'un de normalement plus fort que soi. Tous répondent présents ou presque (Mister T manque cruellement) pour évoquer leurs souvenirs et remercier Sylvester Stallone par l'intermédiaire de la caméra pour leur avoir mis le pied à l'étrier…


Enfin l'interactivité de ce premier disque se clôt sur la bande annonce d'époque, le teaser, ainsi que trois spots TV de Rocky. On regrettera qu'en bonus supplémentaires ne nous soient pas proposées les bandes annonces des opus suivants (elles étaient sur l'édition précédente), tant elles dévoilent en un éclair l'étrange progression du personnage au sein de la saga. Le reste des suppléments est relégué sur le second disque. DVD 2

Sur le ring – Making of (75min46) :
On a beau se demander encore pourquoi MGM prend le soin de diviser ses documentaires en plusieurs parties, trois ici, histoire de donner plus d'ampleur à son interactivité (la réponse étant sans doute dans notre interrogation), l'éditeur nous livre une très jolie rétrospective ponctuée d'interviews mais aussi d'archives 8mm espionnant le tournage à l'époque. Pas vraiment un making of à proprement parler malgré son énoncé, mais plutôt un recueil de réactions à froid – l'émotion semble pourtant toute aussi brûlante – des principaux protagonistes de l'aventure Rocky. Qu'il s'agisse de producteurs, du réalisateur, mais aussi bien évidemment des interprètes clés du film qui ont tous accepté d'ouvrir leurs cœurs. En effet, le point fort de ce long module réside justement dans l'absence de répétition avec les commentaires audio qui décortiquent dans le détail la conception du film, et en particulier celui de Sylvester Stallone. On préfère ici se focaliser sur les émotions de chacun. Le tout mis en forme par le portrait de chaque personnage du film, Rocky, Adrian, Appolo Creed et les autres étant racontés par leurs interprètes respectifs, mais aussi par tous les autres, allant même parfois jusqu'à "s'égarer" dans des anecdotes complices qu'eux seuls comprendront réellement, mais offrant un cachet humain indéniable à l'ensemble. Chose très rare sur un bonus DVD.


La première partie (23min37) parle donc de la naissance du projet, et indirectement de la carrière progressive de Sylvester Stallone, et des nombreuses galères de ce dernier pour entrer dans le monde du cinéma, notamment de son physique. On y apprendra pourquoi ceux qui l'ont rejeté en tant qu'acteur l'ont ensuite accueilli à bras ouvert en tant que scénariste (et par la force des choses en tant qu'acteur à nouveau) et comment tous les autres piliers du film sont tombés sous le charme du script. On plongera ensuite dans une émouvante analyse de Rocky, le bonhomme introverti et non plus le film, dont les différents traits de caractères seront mis en parallèle avec celui d'Appolo Creed, véritable monstre d'égocentrisme. En tant qu'ancien athlète, Carl Weather admettra d'ailleurs s'être inspiré de gens qu'il a vraiment côtoyé dans le domaine sportif.


La seconde partie (22min27) dresse le portrait, peut-être encore plus émouvant, d'Adrian et cette volonté générale d'en faire un personnage d'une adolescente timidité sans qu'aucun des autres interviewés (que des hommes) ne se retienne d'avouer être tombé sous le charme à l'époque. Il sera ensuite question de feu Burgess Meredith (ndlr : ici entraîneur de Rocky, mais aussi le premier Pingouin à avoir affronté Batman à l'écran) qui ne sera bien évidemment pas là pour évoquer ses souvenirs du tournage mais dont chacun se souvient avec une tendresse non dissimulée. Enfin, le troisième et dernier chapitre (29min43) se penche longuement sur la participation de Burt Young au projet, et dont le principal intéressé avouera avoir obtenu son rôle pour l'intensité qu'il dégageait plus que pour ses performances d'acteurs. Ses rapports avec Sylvetsre Stallone sont légion, et ici largement évoqués.


Un dernier segment rebondit sur la façon dont a été préparé le combat final en guise de conclusion à ce flot de souvenirs. A travers là aussi des films d'archives où lors des entraînements Stallone et Weather n'étaient pas du tout convaincants, on apprendra que la chorégraphie s'est construite d'une manière rédigée, par l'acteur en personne, décrivant virgule après virgule la position des poings de chacun. Parce que le grand final du film demeure un fort moment d'intensité, ce sera le moment idéal pour que chacun des comédiens se lâche totalement sur l'importance d'une telle œuvre dans leurs filmographies respectives… Steadicam à l'époque et aujourd'hui (17min28) :
Très jolie petite interview de Garret Brown, créateur de la Steady Cam et concepteur de nombreux modèles de stabilisations diverses. Il nous y apprendra tout d'abord la façon dont est né dans son esprit, sur le papier mais aussi mécaniquement ce système s'étant depuis grandement démocratisé dans le milieu (bien que boudé par les conservateurs au début), le tout accompagné par des images d'archives. On lui doit par ailleurs l'historique montée des marches de Stallone au pied du musée de Philadelphie puisqu'à l'origine, Brown filma cette même séquence avec sa femme pour faire un simple essai. C'est le réalisateur, charmé par le système, qui lui demandera non seulement de le reproduire dans le film, mais aussi de créer certains plans qu'il aurait été impossible de concevoir à l'époque avec les faibles moyens de la production. Vraiment très intéressant.


Maquillage, l'art et la forme (15min11) :
On rentre ici dans un aspect réellement "making of" de la conception de Rocky. A travers une interview de Michael Westmore, maquilleur et créateur d'éléments en latex, aussi pertinente que celle du module précédent, on apprend comme fut modelé le visage des deux comédiens principaux dans la scène finale du film. Analysant coup après coup, round après round, l'évolution sur les différents éléments qui furent ajoutés au fur et à mesure, ils nous dévoilent des pièces d'archives qu'il a précieusement conservé, comme des moulages du visage de Sylvester Stallone, mais aussi la fausse lame de rasoir qui a servi au personnage à se couper la paupière.


Staccato, les notes d'un compositeur (11min28) :
Bill Conti est un grand compositeur de musiques de film, mais aussi un grand discret. Cette interview s'impose donc comme une bonne raison de s'intéresser à lui. Malgré une certaine rudesse dans son visage dévoilant avec une certaine sécheresse ce qu'il a à dévoiler sur l'émotion de sa propre bande son, il nous livre une intéressante analyse de ce qu'il a fait dans ce cas précis ainsi qu'un petit historique sur la façon dont les thèmes du film - et surtout le thème principal - sont nés. On y apprend, par exemple, que les cœurs de ce dernier ont été enregistrés au dernier moment par des collègues de bureau de sa femme, recrutés sur le vif.


Le Ring de la vérité (9min37) :
Clôturant les nouveaux bonus, et surtout les nouvelles interviews, ce dernier module dévoilant les secrets du film donne la parole à James Spencer, décorateur sur le film. A l'instar des autres intervenants, ce dernier se focalise essentiellement sur la façon de mettre en image le script qu'il a eu entre les mains, mais surtout les nombreux systèmes D employés pour palier la faiblesse du budget. Ainsi, il est parvenu à faire croire que le match final se déroule dans une salle remplie de milliers de spectateurs en trichant avec l'éclairage et une cinquantaine de figurants…

Dans les coulisses avec le réalisateur John Avildsen (12min25) :
Déjà proposé sur l'édition précédente, il s'agit ici d'un module où le réalisateur commente et nous présente une partie de ses vidéos d'archives. En effet, il se servait à l'époque d'une caméra 8mm comme bloc note pour filmer les entraînements divers et les analyser avec ses comédiens. Après cette présentation, près de 10 minutes du documentaire sont ensuite consacrées à ces images dans leur forme la plus brute. Un peu répétitif sur le plan informatif avec la dernière partie du documentaire principal, mais d'une grande richesse en tant que simple document.


Hommages :
Egalement déjà proposés sur l'édition précédente, les deux documentaires proposés ici donnent la parole aux piliers du film témoignant de leur grande amitié pour ceux sans qui Rocky n'aurait pu être Rocky mais qui ne sont plus là pour en parler. Le premier revient sur Burgess Meredith (7min46) et souffre fatalement un peu de son ancienneté puisque le chapitre consacré au comédien dans le documentaire principal est bien mieux construit et plus émouvant. On a ici un sentiment de redite, donc. Le second s'intéresse à James Crabe (3min36), chef opérateur et caméraman raconté par Avildsen avec qui il a tourné 12 films.


Commentaire vidéo de Sylvester Stallone (28min54) :
Supplément toujours issu de l'édition précédente, il ne s'agit pas d'un commentaire vidéo à proprement parlé, mais surtout d'une très bonne interview permettant au scénariste/comédien de totalement nous ouvrir son cœur sur l'aventure Rocky et ainsi combler son absence du commentaire audio original. Forcément, sur cette réédition 2007, et surtout placé dans les tous derniers bonus, cet entretien aura très souvent tendance à se répéter avec le nouveau commentaire de l'intéressé ainsi que le long documentaire principal, mais quelques anecdotes valent néanmoins encore le détour ici. Surtout en ce qui concerne la relation entre Stallone et son chien, ainsi qu'un descriptif détaillé de la fin d'origine.


Talk Show "Dinah !" (17min19) :
Soyons clair. Outre l'aspect sensiblement promo de cette interview télévisée d'une grande franchise sur la précarité de Stallone à l'époque où sera également évoquée l'histoire de Rocky Marciano, boxeur réel, ce document d'archive mérite surtout le détour pour les vêtements du comédien. Une vraie victime de la mode. Un bonus amusant concluant d'une façon un peu abrupte une interactivité générale d'une grande richesse où tous les points du film sont abordés d'une façon ou d'une autre, mais toujours avec fascination.

Critique par Arnaud Mangin
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