L’accroche du
Ladykillers pourrait-être : « Quand la comédie Anglaise rencontre le film de Ghetto ». Les nouveaux remplaçants de Peter Sellers et Alec Guiness se nomment Marlon Wayans, Tom Hanks, J.K. Simmons et Ryan Hurst reprenant son rôle de
Remember the Titans. C’est aussi la (re)découverte de l’actrice Irma P. Hall qui plut tellement à Michael Mann qu’il a écrit une scène rien que pour elle dans
Collateral dans le rôle de cette vieille dame si gentille. Le scénario mélange habilement film de braquage avec comédie noire, mais les Coen semblent rester bien sobres dans leur violence habituelle. Certes, sympathique, le film ne restera pas dans les annales, et après
Intolérable Cruauté, peu de monde donnerait cher de la peau des frères Coen, pourtant, comme d’habitude, ils surprennent tout le monde en retournant à nouveau à leurs racines du film noir.
Les frères Coen se lancent dans l’adaptation du roman
No Country For Old Men de Cormac McCarthy, et gagnent enfin la vraie reconnaissance d’Hollywood en raflant l’oscar du meilleur film, meilleurs réalisateurs, meilleure adaptation et meilleur second rôle pour Javier Bardem. S’il ne faut pas remettre en question l’obtention de ces oscars, il faut pourtant se questionner sur « pourquoi second rôle ? ». Car au final, le personnage de Javier Bardem possède beaucoup plus de temps de présence à l’écran que Josh Brolin (et plus de capillarité aussi). Pour l’histoire, il s’agit simplement d’une chasse à l’homme entre trois parties. Un qui trouve une mallette avec de l’argent (Brolin), un autre, tueur implacable engagé pour mettre la main sur la susdite mallette (Bardem) et un shérif en bout de course qui cherche surtout à éviter un drame (Tommy Lee Jones). Autour de ce beau monde gravite un autre tueur (Woody Harrelson) une femme éplorée (Kelly McDonald) et une tripotée de Mexicains. Comme à l’accoutumée, les frères nous font visiter un nouvel Etat, ici, le Nouveau Mexique, avec ses contrées désertiques, sa frontière Mexicaine et ses deals de drogues ; et comme à chaque fois, les frangins aiment prendre le spectateur à revers, via une dernière demi-heure assez consternante. Véritable ode à l’histoire violente Américaine (rappelons qu’il s’agit d’un pays fondé uniquement sur des guerres),
No Country for Old Men change du registre humoristique des Coen. Mis à part de rares phrases assez drôles (le vendeur blasé qui explique sans émotion que c’est la première fois qu’il voit un homme en robe de chambre dans son magasin), et 5 minutes de dialogues sur le sens d’une pièce, le film reste sombre, marqué par les massacres perpétués par Bardem et sa bombonne d’oxygène ; mais mérite ses récompenses.

Ainsi, la carrière des frères Coen fut en dents de scie. Non à cause d’un style fatigué, comme certains réalisateurs qu’on ne nommera pas, c’est surtout parce que les Coen cherchent surtout à se faire plaisir à chaque projet, refusant les trompettes d’Hollywood qui sonnent souvent contre le vent, et toujours en allant contre les attentes. La filmographie des frangins est émaillée d’une multitude de perles posées ici et là, constituée d’un immense vivier d’acteurs et d’actrices ne cessant de s’agrandir, avec un style particulier reflétant les caractères d’une Amérique profonde. A chaque nouveau long métrage arrive une nouvelle vision des USA, où résonne souvent l’accent des gens du peuple. Leurs héros sont soit des loosers, soit des riches à la ramasse, toujours incapables de maîtriser leurs destins. Ils ne sont jamais là où on les attend, tout comme les Coen, finalement.