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Les gangsters font leur cinéma [page 1]

Par Damien DUVOT - publié le 24 novembre 2009 à 17h28
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Un serpent se mordant la queue. Tel John Dillinger dans Public Enemies s'habillant comme Clark Gable à l'écran, le gangster éprouve une fascination pour sa propre représentation cinématographique. Etrangement, la réalité s'inspire de la fiction et vice et versa, entre les mafieux utilisant le terme « Parrain » après la sortie du film du même nom, ou Bugsy Siegel se comportant comme un acteur d'Hollywood, revenons sur cet étrange amour du gangster pour le cinéma.
 
La naissance d'un mythe
On assiste à l'apparition des films de gangsters en pleine période de dépression économique du début des années 30. Ils suivent l'ascension de voyous et façonnèrent un genre. A l'écran, les gangsters sont purement Italiens, pourtant le Little Caesar du titre est interprété par l'acteur juif Edward G. Robinson, inspiré par le gangster Buggsy Goldstein, juif lui-aussi. De même pour le personnage de l'Ennemi Public ou pour le Scarface de Hawks, les gangsters sont Italiens et rien d'autre. Et c'est là que le mythe se créé, à New York par exemple, la cruelle Murder Inc. n'est composée d'aucun Italien, leur permettant de ne pas être inquiétés. On ne parle pas non plus de mafia, pourtant bien présente, et ainsi, les vrais gangsters peuvent présenter le crime organisé comme un mythe et non comme une réalité. C'est avec le succès de ces films (et plus particulièrement Scarface) que le gangster réel commença à s'habiller et à agir comme celui du cinéma, certaines phrases de Little Caesar étant d'ailleurs reprises dans le langage courant. Pour le Scarface de Howard Hawks, le personnage principal appelé Camonte est bien entendu inspiré de Capone. Pendant le tournage, Hawks disait lui-même qu'il montrait quelques rushes à Capone pour qu'il dise ce qu'il en pense. Au casting, outre Paul Muni dans le rôle principal, on trouve l'acteur Georges Raft, bien connu pour ses liens avec la Mafia (il dînait avec Lucky Luciano entre autres). L'acteur utilisa un gimmick d'un larbin de Capone, et jongla avec des pièces de monnaie dans le film. La mode prit dans le milieu et chaque gangster commença à jouer avec des pièces de monnaie. Les spectateurs passèrent outre les écriteaux naïfs en début de projection, condamnant les faits qui vont suivre, pour s'éprendre des gangsters. Lors de la mort de John Dillinger, par exemple, plusieurs témoins trempèrent leurs mouchoirs dans son sang pour garder un souvenir. A la fin de la décennie, Hollywood découvrit le monstre qu'il avait créé et glorifia ensuite les agents fédéraux.

 

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Actrices et Gangsters
Fascinés par Hollywood, les gangsters développèrent un amour pour les actrices, elles-mêmes intéressées par les voyous. L'étoile montante Thelma Todd (Plumes de cheval) en fit même les frais, finissant sa carrière d'une bien étrange façon. En 1932 en effet, l'actrice épouse Pat DiCicco, homme de main de Lucky Luciano. Avec ses relations, le mafieux en profite pour installer des machines à sous et un réseau de prostitution dans un restaurant acheté sous le nom de sa femme. En 1934, celle-ci divorce pour « problèmes conjugaux » (il la battait) et chercha à se défaire de l'influence de Luciano, notamment en rendant ses affaires légales. Un an plus tard, on la retrouve morte dans son garage, asphyxiée par les gaz de sa voiture, l'enquête concluant à une mort accidentelle (elle n'aurait pas pu rentrer chez elle et se serait réchauffée avec le moteur). Si l'on passe sur Joan Harlow ou Marylin Monroe, une autre anecdote amusante de fricotage avec la mafia concerne l'actrice Lana Turner. Les fans de L.A. Confidential doivent le savoir, cette dernière sortait avec Johnny Stompanato, bras droit de Mickey Cohen. Dans les années 50, donc, Turner et Stompanato entreprirent une longue relation, rendue pénible par la jalousie excessive du Johnny. On raconte par exemple qu'ayant eu vent d'un possible fricotage entre son adorée et Sean Connery sur le tournage d'Another Time, Another Place, le gangster débarqua sur le plateau dans une colère noire et s'interposa entre les deux acteurs. Sean, à qui on ne la fait pas, allongea le mafieux d'un direct bien placé. Le dénouement de ces crises de jalousie pris place quelques jours plus tard, le soir du 4 avril 1958 ; lorsque Johnny entra fou de rage dans la maison de Lana Turner. Le lendemain matin, Mickey Cohen vint lui-même identifier le corps de son bras droit poignardé au beau milieu de la chambre de l'actrice. L'histoire officielle veut que ce soit Cheryl, la fille de Lana, qui débarqua dans la chambre avec un couteau, rendue effrayée par les cris de dispute et le gangster se serait « plongé sur le couteau ». Au cours d'un procès fleuve témoignant des magnifiques dons d'actrice de Lana Turner, la fille est acquittée. On peut se douter un peu de l'ambiance du procès en regardant le film Madame X de 1966, où Turner joue une meurtrière d'un maître chanteur déclarant son innocence au tribunal. A en croire les journalistes de l'époque, c'est un vrai rôle de composition.
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