Un serpent se mordant la queue. Tel John Dillinger dans Public Enemies s'habillant comme Clark Gable à l'écran, le gangster éprouve une fascination pour sa propre représentation cinématographique. Etrangement, la réalité s'inspire de la fiction et vice et versa, entre les mafieux utilisant le terme « Parrain » après la sortie du film du même nom, ou Bugsy Siegel se comportant comme un acteur d'Hollywood, revenons sur cet étrange amour du gangster pour le cinéma.
La naissance d'un mythe
On assiste à l'apparition des films de gangsters en pleine période de dépression économique du début des années 30. Ils suivent l'ascension de voyous et façonnèrent un genre. A l'écran, les gangsters sont purement Italiens, pourtant le Little Caesar du titre est interprété par l'acteur juif Edward G. Robinson, inspiré par le gangster Buggsy Goldstein, juif lui-aussi. De même pour le personnage de l'Ennemi Public ou pour le Scarface de Hawks, les gangsters sont Italiens et rien d'autre. Et c'est là que le mythe se créé, à New York par exemple, la cruelle Murder Inc. n'est composée d'aucun Italien, leur permettant de ne pas être inquiétés. On ne parle pas non plus de mafia, pourtant bien présente, et ainsi, les vrais gangsters peuvent présenter le crime organisé comme un mythe et non comme une réalité. C'est avec le succès de ces films (et plus particulièrement Scarface) que le gangster réel commença à s'habiller et à agir comme celui du cinéma, certaines phrases de Little Caesar étant d'ailleurs reprises dans le langage courant. Pour le Scarface de Howard Hawks, le personnage principal appelé Camonte est bien entendu inspiré de Capone. Pendant le tournage, Hawks disait lui-même qu'il montrait quelques rushes à Capone pour qu'il dise ce qu'il en pense. Au casting, outre Paul Muni dans le rôle principal, on trouve l'acteur Georges Raft, bien connu pour ses liens avec la Mafia (il dînait avec Lucky Luciano entre autres). L'acteur utilisa un gimmick d'un larbin de Capone, et jongla avec des pièces de monnaie dans le film. La mode prit dans le milieu et chaque gangster commença à jouer avec des pièces de monnaie. Les spectateurs passèrent outre les écriteaux naïfs en début de projection, condamnant les faits qui vont suivre, pour s'éprendre des gangsters. Lors de la mort de John Dillinger, par exemple, plusieurs témoins trempèrent leurs mouchoirs dans son sang pour garder un souvenir. A la fin de la décennie, Hollywood découvrit le monstre qu'il avait créé et glorifia ensuite les agents fédéraux.


