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Les Grandes Figures Misanthropiques [page 4]

Par - publié le 16 septembre 2008 à 04h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 18h23 - 0 commentaire(s)
LE BOUCHER (SEUL CONTRE TOUS)

"Le monde contemporain nous a déjà retiré le dialogue, la liberté et l'espérance, les jeux et le bonheur ; il s'apprête à descendre au centre de notre vie pour éteindre le dernier foyer, celui de la Rencontre... (...) Nos atouts sont perpétuels, comme l'orage et comme le baiser, comme les fontaines et les blessures qu'on y lave." René Char.

Dès les premières images de Seul Contre Tous, on pense immédiatement aux dessins de Tardi quand celui-ci a illustré Céline. Le film de Gaspar Noé raconte une histoire extrêmement simple : celle d'un homme qui rejette son prochain et a fortiori sa propre image. Le film prend appui sur la grande misère morale et sociale de la France du début des années quatre-vingt. On est plongé dans un pays dans lequel un fléau grandit : le chômage. Celui-ci est devenu de nos jours une norme, alors qu'auparavant c'était une exception. Cet ex-boucher au chômage se sent donc perdu dans une France qu’il ne reconnaît plus. Le discours omniprésent de Philippe Nahon martèle des propos misanthropes qui conspuent l'être humain dans son intégralité.



La misanthropie que dégage le film se fait à de multiples niveaux, que cela soit grâce à la mise en scène ou le scénario. L’image absente de ciel (sauf au plan final), cadre uniquement les personnages dans des lieux communs. Elle scrute son personnage principal qui ne fait que marcher durant tout le film. « Chacun sa vie, chacun sa morale », leitmotiv de ce boucher antihéros d'une génération perdue, l’homme agit selon son instinct et cherche un salut auprès de justifications morales sans fondements. Ce boucher est avant tout haineux envers ce qui lui est différent : les femmes, les hommes, les homosexuels, les étrangers… Une figure idéale du misanthrope. Seul Contre Tous cherche à dépeindre les mécanismes psychologiques qui conduisent à de tels extrêmes !

Ici, le boucher est réduit à sa simple citoyenneté, à sa seule fonction sociale. L’anonymat confère ainsi au personnage une absence de pouvoir le désigner par autrui. Cela rejoint parfaitement son discours : l’homme est insignifiant, tout comme la vie. Sa propre vie est un grand vide qui pourrait se dérouler sans lui, il se sent comme un maillon de la chaîne sociale, interchangeable du jour au lendemain. Sa vie, ce qu’il a vécu, tant d’autres ont vécu la même chose. Alors qu'est-ce qui justifie son existence ?

À part sa fille Cynthia, tous les autres personnages ne portent aucun nom. Pourtant, ce héros de miséricorde a bien un nom et un prénom figurant sur sa carte d'identité que l'on voit en début de film. Mais c'est tellement bref qu'elle paraît insignifiante. Le pouvoir d’identification ou de contre identification est mis en jeu directement à travers cette volonté de simplifier les individus à leur statut social et professionnel. Le boucher en quête d’identité et de travail, tente de s’élever au-dessus de cette absence de reconnaissance que cette société française ne lui accorde pas. Il refuse à juste titre cette citoyenneté totalement interchangeable qui favorise l’anonymat.



L’anonymat permet de plonger le personnage dans la banalité du quotidien, dans une société française qui se sclérose en raison d'une absence grandissante de communication. Rentrer dans le banal, dans le quotidien, c’est basculer dans le domaine de l’anonymat et de l’individualisme. L'ex-boucher accepte ce triste constat et développe sa misanthropie. Ce manque de communication le conduit à se sentir persécuté par la société, dont tous les maux lui sont imputés. C’est un cercle vicieux, car se sentant exclu il renforce son sentiment de marginalité face à l’univers qui l’entoure. Pourtant, la force du personnage est de réussir à résister au suicide, car il possède un orgueil, ce même orgueil qui habite son espoir d'avoir une vie meilleure.

PitouWH, Nicolas Houguet, Gwenael Tison, Gilles Botineau
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