Par David A. - publié le 19 juin 2009 à 05h01 ,
MAJ le 26 septembre 2009 à 01h57 - 0 commentaire(s)
Alors qu'en 1957 sort sur les écrans américains le film de Joseph Pevney avec dans le rôle titre James Cagney, L'homme aux mille visages, cette biographie en grande partie fictive permet aux spectateurs de redécouvrir l'un des plus grands acteurs de la période du cinéma muet, Lon Chaney. Aux côtés de Mary Pickford incarnant la grâce et la délicatesse, de Charles Chaplin qui touche par sa représentation de la candeur et de la naïveté, de Buster Keaton qui joue de son corps avec agilité et innocence ou encore de Douglas Fairbanks flamboyant de fougue et d'aventure, Lon Chaney a, lui, concentré ses interprétations sur la douleur et la torture, sur le parcours tragique qui scelle le destin de ses personnages. Magistral dans ses rôles de gangster, de marginal, d'estropié ou d'infirme, Lon Chaney incarne à lui seul une certaine façon de concevoir le métier d'acteur, celui de souffrir, dans sa chair et dans son coeur, au même titre que le personnage auquel il prête ses traits.



Lon Chaney est une présence, une incarnation plutôt qu'un interprète. La première partie de sa vie, il la passe sur les planches de théâtre, de 1902 à 1913. Lui qui, né de parents tous les deux sourds, a su développer très tôt des dons de pantomime, il acquiert une maîtrise du geste, de la grimace et du mouvement qui caractérise si bien les plus grands du cinéma muet. Un geste juste qui s'accompagne d'une curiosité dans les techniques de maquillage et dans les trouvailles de costumes, Lon Chaney construisant son personnage de bout en bout, réglant chaque détail lui-même pour faire exister au sens littéral le personnage. Surnommé l'homme aux mille visages pour ses incessantes expérimentations de maquillages spéciaux, il pousse le plus loin possible les techniques de grimage en utilisant des matériaux inédits pour modifier radicalement son visage, souvent au point de rendre impossible la reconnaissance de ses propres traits.

Si les premiers temps aux studios Universal sont difficiles, l'acteur jouera en effet dans près d'une centaine de films (aujourd'hui pour l'essentiel perdus) pour un salaire fort modeste entre 1912 et 1917 avant de démissionner pour rejoindre la célèbre MGM, sa carrière débute véritablement avec sa représentation du personnage de Frog dans The miracle man de George Loan tucker en 1919. Dans une scène mémorable Frog le criminel paralytique est touché par le guérisseur avant de se redresser sur ses jambes encore tremblotantes et de marcher devant la foule, ébahie. Voir Lon Chaney ramper tel un éclopé, à même le sol avec des jambes recroquevillées et tordues, donne déjà la pleine mesure des capacités physiques du comédien.



Pas encore spécialisé dans les rôles sombres qui seront l'apanage des dernières années de sa carrière, Lon Chaney varie encore les genres, de la romance tragique de Victory en 1919 à l'ambiance aventureuse de L'île au trésor (Treasure island, aujourd'hui disparu) l'année suivante, les deux films étant réalisés par le cinéaste français immigré aux Etats-Unis, Maurice Tourneur. Mais déjà dans Victory Lon Chaney se prête au jeu du vilain, Ricardo, désireux de voler femme et fortune à son rival. Il tournera une troisième fois avec le réalisateur français en 1923 dans While Paris sleeps, un film malheureusement également perdu. En 1920 il avait déjà tourné dans un autre film dramatique au coeur des paysages canadiens à perte de vue dans Nomades du nord (Nomads of the north) de David Hartford. Il y joue le rôle de Raoul, un trappeur qui tue accidentellement un autre homme avant de fuir avec sa fiancée, tous les deux immédiatement poursuivis par un policier et le propre rival de Raoul. L’on y verra pour l’une des dernières fois le visage non transformé de l’acteur. Un visage carré, austère mais extrêmement mobile dans son évocation des sentiments.


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