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Les Mille Facettes De Lon Chaney [page 3]

Par David A. - publié le 19 juin 2009 à 05h01 ,
MAJ le 26 septembre 2009 à 01h57 - 0 commentaire(s)
Si Lon Chaney reprendra un rôle de clown dans Laugh, clown, laugh de Herbert Brenon en 1928, il n’attendra pas toutes ces années pour tourner à nouveau avec le réalisateur Victor Sjöström dans La tour des mensonges (The tower of lies) en 1925, film aujourd’hui perdu. Cette même année, il tourne un autre de ses succès majeurs, Le fantôme de l’opéra, réalisé par Rupert Julian. Prenant pour cadre le fameux opéra décrit dans le roman de Gaston Leroux, Lon Chaney élabore la figure d’Erik, le fantôme errant qui hante de sa présence malveillante les coulisses et les sous-sols de l’édifice. Par amour pour la voix d’une jeune chanteuse, Erik est prêt à terroriser la production d’une nouvelle œuvre dont la direction souhaite choisir une autre diva pour le premier rôle. Œuvre gothique par excellence, les labyrinthes, les escaliers et les cachots enfouis sous les fondations du bâtiment servent de repaire au fantôme damné et défiguré, cachant son horrible visage derrière un masque énigmatique. Vouant sa vie à la musique suprême et harmonieuse, l’amour de la jeune femme pour un autre homme va provoquer sa colère. La rectitude du corps d’Erik n’a de contraire que la voûte du dos de Quasimodo. Ici encore un maquillage impressionnant et quelques accessoires de costumes suffisent à faire du corps de l’acteur une présence fantastique et hallucinée, présence par ailleurs mise en valeur par de complexes éclairages en clair-obscur d’un plus bel effet.



Lon Chaney a toujours su trouver dans ses personnages un challenge auquel se confronter mais personne mieux que le réalisateur Tod Browning n’a su utiliser à plein régime les capacités de l’acteur. Véritable double du cinéaste, Lon Chaney a tourné pas moins de dix films avec lui, depuis Fleur sans tâche (The wicked darling) en 1919 jusqu’à Loin vers l’Est (Where east is east) l’année précédent la mort de Lon Chaney en 1929. Dix films pour lesquels Chaney n’a pas manqué d’être proche de la perfection comme dans Les révoltés (Outside the law, 1920), Le club des trois (The unholy three, version muette, 1925), L’oiseau noir (The blackbird, 1926), La route de Mandalay (The road to Mandalay, id.) mais surtout L’inconnu (the unknown, 1927) où l’acteur se place dans la peau d’un criminel en fuite qui cache sa véritable identité sous les traits d’un lanceur de couteaux sans bras ! Reprenant l’idée du harnais de Satan, ici c’est à un harnais dorsal que ses bras sont maintenus de force dans le dos. Chaney malmène une fois de plus son corps pour les bienfaits de la composition et ne serait-ce la scène où il retire ce fameux accessoire, l’on aurait peine à croire qu’il cache effectivement ses bras dans un emplacement si improbable.

Tod Browning fait de Chaney sa bête d’acteur en lui proposant à diverses reprises d’incarner plusieurs personnages. Dans Les révoltés et tout aussi bien L’oiseau noir et Le club des trois, Chaney s’applique soit à la schizophrénie mentale du personnage (un personnage à plusieurs identités) soit effectivement à la multiplication des déguisements dans une même scène. Acteur polymorphe non seulement dans sa forme mais également dans son style, Chaney confère au double mental une gestuelle similaire mais différente dans ses nuances. Ainsi dans L’oiseau noir, il est à la fois Bishop (l’évêque) et Blackbird, le frère, l’alter ego criminel. Le conflit n’est pas seulement fraternel, il est surtout psychologique, l’un chassant l’autre à mesure des nécessités du moment jusqu’à la résolution tragique du film.



Si certains films de l’acteur sont davantage mis en valeur que d’autres (souvent pour des raisons indéniables de qualité, l’on pense ici à La terre a tremblée/ The shock, Shadows, Mr. Wu, Le talion/ West of Zanzibar), une grande partie de sa filmographie gagnerait sans doute à être redécouverte (The false faces, The miracle man, Daredevil Jack, The monster, Tell it to the marines, The mockery) bien que certains semblent irrémédiablement perdus (dont le célèbre London after midnight de Tod Browning justement, ou encore L’île au trésor de Tourneur, mais aussi The big city). Comble de l’ingratitude du temps qui passe, Lon Chaney mourut peu après avoir tourné son seul et unique film parlant, la version sonore de Le club des trois réalisé par Jack Conway en 1930. Aux doubles auxquels l’acteur prête ses traits, il met un point d’honneur à offrir cinq voix différentes dans le film à une époque où de nombreux acteurs du cinéma muet laissaient à d’autres la tâche de prêter une voix. Lon Chaney aura été caméléon jusqu’au bout, une capacité qui sera bien peu récompensée par sa mort due à un cancer des bronches suite à une pneumonie contractée lors du tournage de son dernier film muet, The thunder. L’acteur qui a su faire de son corps un véritable instrument de travail meurt en laissant derrière lui une œuvre inoubliable pour ceux qui ont vu ses films, une œuvre tragique, douloureuse qui explore les limites de l’infirmité, de la maladie, de la marginalité mais aussi de la malédiction. Véritable esthète dans son interprétation de personnages souffrants, Lon Chaney a laissé au cinéma un héritage indéniable dont de nombreux acteurs s’inspireront pour à leur tour offrir au public des performances toujours plus impressionnantes.
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