Les deux premières parties de notre voyage en Terre du Milieu nous ont fait comprendre les défis d'adaptation que posait Le Seigneur des Anneaux : entre une histoire dense et de nombreux personnages très caractérisés, Peter Jackson avait un sacré défi pour prétendre se hisser à la hauteur de l'œuvre de Tolkien. Il y est arrivé, non sans faire quelques sacrifices et modifications dans l'histoire et chez les personnages.
Mais ce qui a, pendant longtemps, rendu Le Seigneur des Anneaux inadaptable au cinéma, c'est principalement la Terre du Milieu elle-même. Comme dit précédemment, Tolkien a créé, avec cette œuvre et les autres livres l'entourant, un univers d'une complexité absolue, doté d'une Histoire propre, peuplé de différents peuples possédant des caractéristiques bien définies, vivant dans des contrées bien particulières, ayant leurs propres architectures, des vêtements ou des épées toutes différentes. Sur le plan technique, la Terre du Milieu représente un défi fou, quasiment irréalisable. Pourtant, Peter Jackson a réussi à recréer, en Nouvelle-Zélande et avec l'aide des petits génies de Weta, une Terre du Milieu que n'aurait certainement pas renié Tolkien.
Lothlorien, Gondor, Rivendell, Mordor, Comté, ou Rohan prennent vie.
Peter Jackson a eu, pour commencer, la bonne idée de s'entourer de deux illustrateurs spécialisés sur l'œuvre de Tolkien : Alan Lee et John Howe. Les plus curieux pourront s'amuser à regarder leurs peintures et dessins et seront surpris, au-delà de la différence de style (les tons pastel d'Alan Lee face à l'univers bien plus haut en couleurs de John Howe), de la différence totale de perception de l'univers de Tolkien qu'ils reflètent.
Mais il s'agit là de quelque chose de bien logique : beaucoup ont reproché au roman Le Seigneur des Anneaux d'être bien trop descriptif et ennuyeux. Il est vrai que Tolkien se plait à imager son monde et ses caractéristiques, mais les descriptions sont à la fois assez précises pour que le lecteur ait une idée réelle de ce qui entoure les personnages, mais aussi assez vagues pour qu'il fasse fonctionner son imagination et acquière sa propre vision de la Terre du Milieu. Le défi de Peter Jackson consistait en grande partie à faire accepter sa vision à tous les autres. En s'entourant d'une équipe connaisseuse de l'œuvre entière de Tolkien, cela a été possible.
Chaque pays possède ainsi ses propres caractéristiques, fidèles au roman : la Comté est un havre de paix et de tranquillité, une terre fertile où les Hobbits vivent en contact avec la nature. La maison de Bilbon et Frodon suit la description faite par Tolkien, avec quelques détails rajoutés ici et là, mais toujours dans la logique de l'œuvre.
Rivendell (Fondcombe), ou Imladris, reflète une partie du visage elfique. Il s'agit d'une terre d'accueil où les visiteurs sont les bienvenus. Cachée dans un vallée, la Cité est construite en bois, avec d'élégantes arches enjambant rivières et torrents... Les elfes vivent en symbiose avec la nature, et les plus observateurs verront que les bâtiments s'insèrent dans la nature, préférant contourner les arbres plutôt que de les couper.
Cette volonté de vivre en harmonie avec l'environnement est d'autant plus flagrante en Lothlorien. Ce pays est décrit par Tolkien comme étant l'un des derniers havres de paix de ce peuple, rassemblant les elfes les plus puissants dans les plus grands arbres du monde, et se souvenant des anciens temps : le cœur elfique de la Terre du Milieu. Peter Jackson suit cette description, faisant de sa Lothlorien un pays peut-être un brin plus sombre que celui décrit par Tolkien (reflet de la puissance s'y cachant), mais d'où s'élèvent chants mélodieux. La cité en elle-même, avec ses escaliers entourant les troncs des arbres et ses plates-formes suspendues aux formes ciselées, s'inscrit dans la continuité du roman.
La Moria, la mine des nains, suit aussi avec attention les descriptions de Tolkien. Celles d'un lieu perdu entre les ruines de son ancienne gloire, et la magnificence de son existence, avec cette fantastique salle souterraine, digne de la gloire des plus grandes cathédrales.
Concernant le Rohan, on peut dire que le roman et le film diffèrent quelque peu. Pas au niveau de la façon dont est présentée le peuple, qui reste semblable. Mais plutôt dans la ville d'Edoras, où se trouve le château du roi. Là où Tolkien parle d'une ville possédant, en son centre, un château d'or, Peter Jackson décide, quant à lui, de conserver jusque dans l'architecture les caractéristiques très celtiques de ce pays, faisant du Rohan un pays peut-être plus rude que celui de Tolkien. Encore une fois, cela dépend de la vision personnelle de chaque personne. Le Gondor reste, dans sa magnificence et sa froide gloire, assez conforme aux descriptions de Tolkien.
Quelques uns seront libres de critiquer l'aspect faux de certains décors, de dire que, ici et là, les touches de numérique sont trop visibles. Aucun film n'est parfait. Mais à la vision du Seigneur des Anneaux, on ne peut s'empêcher de remarquer le travail titanesque et passionné qui a été effectué pour rendre hommage à cet univers créé par Tolkien.

