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Les Robots Comme Reflet De L'humanite Et De La Servitude [page 3]

Par Rafik Djoumi - publié le 08 janvier 2009 à 23h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h51 - 0 commentaire(s)
Assez curieusement, c'est plutôt dans la comédie, et de façon allusive, qu'Hollywood va revenir à la thématique sociale originelle du Robot. Ainsi, les jouets de Toy Story ne sont pas des robots, mais au détour d'une séquence cauchemardesque, John Lasseter nous donne à contempler des jouets "freaks" victimes de la créativité maniaque de leur "mauvais" Maître. A travers eux, les héros du film en viennent à réaliser leur vrai statut : ils sont également à la merci d'un Maître. Bienheureux que ce dernier soit un "bon"; ils n'en sont pas moins ses esclaves. Et c'est ainsi que le "travailleur forcené", à la merci d'une humanité versatile, va réintégrer les écrans américains. Sous ses dehors débonnaires, le Robot Bender de Futurama possède tous les traits d'une caricature d'ouvrier dépressif. Alcoolique, grossier, parieur, pique-assiette, addict à tout ce qui se fume, le personnage nous est pour la première fois présenté en train de faire la queue devant une "cabine à suicide". Moins ouvrier mais tout aussi dépressif, le héros titre de Le Géant de fer a été programmé pour détruire. La terre ne doit son salut qu'à une forme de névrose électronique dont la machine a été victime à la suite d'un coup sur sa tête. Relisant qu'il préfère la compagnie des animaux, des enfants turbulents ou la lecture innocente de Superman, la machine est littéralement poussée à redevenir esclave de sa condition destructrice par une humanité paranoïaque qui semble pressée qu'on la fasse disparaître dans un champignon atomique. Question sociale toujours avec les héros du dessin animé Robots (2005), qui remakent pour nous la guerre des classes autrefois popularisée par le cinéma de Frank Capra. Mais même plusieurs années après la chute du Mur de Berlin, Hollywood continue à se méfier des crypto-marxistes. Ainsi, la dernière demi-heure de I, Robot (2004) est réécrite au mépris de toute logique, contredisant toutes les scènes antérieures et empêchant son héros Will Smith de réaliser sa vraie condition et d'embrasser son destin quasi-révolutionnaire (ben ouais quoi, le messie Androïde, c'est lui ! Revoyez la première heure avec ça à l'esprit).



Très en retard sur la littérature, qui a depuis longtemps défriché toute la philosophie induite par le concept du Robot, Hollywood adapte avec une extrême timidité l'oeuvre déjà ancienne d'Isaac Asimomv avec L'Homme bicentenaire (1999). Par chance, cette même année, les frères Wachowski entreprennent de remettre à l'heure les pendules cinéphiles, d'abord avec des concepts à peu près intégrés par tout le monde sur le premier Matrix (opposition humain-machine, vilains robots, virtualité tout ça) concepts basiques et poreux qu'ils transcendent sans ménagement dans Matrix Reloaded, amenant ceux qui le veulent bien à détruire à coups de marteau les mécanismes illusoires de la conscience, qu'elle soit humaine, robotique, ou même plutôt entre les deux. A travers le parcours initiatique d'une conscience qui se rêve humaine, les auteurs offrent au spectateur (en tout cas celui qui le veut bien) de revivre les vertiges métaphysiques de la Haute antiquité à la lumière de l'expérience moderne et multimédiatique. Et c'est avec une ironie mordante (repérée par 12 spectateurs et demi), qu'ils décident de conclure leur fiction, comme on le faisait autrefois au théâtre, en nous présentant un "Deux Ex Machina" (c'est écrit en toutes lettres dans le générique), soit un Dieu issu de la Machine. Au-delà du pur jeu d'esprit, très frenchy dans l'âme, leur conclusion suggère l'inversion des rôles, des valeurs et des étymologies puisque c'est ici "l'esclave" qui vient libérer le "Maître", celui qui se voit "humain" libérant celui qui se voit "robot". Dans la terminologie néoplatonique et bouddhiste de l'oeuvre, on peut donc en conclure que l'humanité, une fois libérée de ses chaînes (illusion, cycle des renaissances) pourra enfin faire à son Dieu le don de sa propre humanité et le libérer à son tour. Ayant patiemment gravi dans l'ordre les échelons de l'accomplissement (les sens, l'esprit, la raison, l'Esprit humain), Néo s'affranchit de sa servitude. Il n'est plus, tel un Robot, l'esclave de ses illusions, de sa peur, de ses désirs ni même de la causalité si chère au Mérovingien. Il fait le Choix (avec majuscule) de s'abandonner à l'univers et devenir son propre Dieu, ou Dieu tout court. La créature retourne au Créateur pour le créer à son tour tandis que le spectateur témoin actif peut enfin clamer son humanité (concepts apparemment infantiles puisque 95% des critiques ont évoqué de la "philosophie de comptoir").



L'autre oeuvre robotique à s'être autorisé, à la même époque, une ambition thématique aussi démesurée est celle du duo d'amateurs Kubrick et Spielberg, Artificial Intelligence. Tout aussi fouillée que la saga des Wachowski (et donc tout aussi logiquement conspuée), Artificial Intelligence inscrit son héros robot dans un parcours hérité du John Milton du Paradis Perdu ou du Victor hugo de La légende des siècles. Le jeune androïde David y revit, étape à étape, l'Histoire spirituelle de l'Humanité, de sa création par le Mot (logos) au pêché originel (scène des cheveux), de sa Chute (scène de l'abandon) à l'Exode, du meurtre d'Abel par Caïn à la terrifiante découverte de son intériorité (scène du visage plaqué). S'abandonnant aux bras du Christ (dont le symbole est le poisson), il se fige au fond des mers, pour 2000 ans de prière face à une statue de la Vierge (assez ironiquement, la moitié des spectateurs occidentaux auraient souhaité que le film se conclue ici) avant d'accéder enfin à la maturité spirituelle qui lui permettra d'affronter la mort en ayant compris la nature de ses illusions. Le Robot David de la dernière séquence du film de Spielberg est l'Humanité parvenue à son terme. "L'esclave" autrefois créé par l'homme devient l'annonciateur de sa réelle destinée.
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