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Lumiere Silencieuse Coup De Coeur Dvd [page 3]

Par - publié le 20 juin 2008 à 12h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h41 - 0 commentaire(s)
Ainsi, le film commence par un plan-séquence majestueux de plus de sept minutes où la caméra part du ciel pour rejoindre tout doucement le plancher des vaches. Pendant plus de deux heures, on évolue au rythme d’une nature qui s’éveille en écho aux sentiments incertains qui taraudent les protagonistes; on pénètre dans un monde que l’on ne connaît pas. Et on assiste sans s’en rendre compte à une superbe histoire d’amour mystique et mortelle d’une douleur sourde où les corps sont éprouvés, tiraillés entre profane et sacré. Par le traitement de ses personnages, flottant sans cesse entre l’incarnation et le spectral et la construction d’une atmosphère irréelle, Carlos Reygadas idéalise un micro-événement adultérin pour le sortir du concret, comme s’il n’y avait de beauté que dans les espaces fantasmatiques des consciences. Très loin des volutes sentimentales réclamées par la classique love affair, il plonge dans une communauté et ausculte le gouffre des pulsions élémentaires en court-circuitant les modes d’emploi avec des silences, des points de suspension, le langage des corps. L'effet est sidérant car plus on repense au film, plus il prend de la valeur. L’étrange poésie qui émane de ce curieux univers où chaque élément (son, durée des plans, hors-champ) renvoie à l’autre dans une discrète et inquiétante harmonie s’insinue en nous pour longtemps. Comme Japon et Bataille dans le ciel, deux films qui agressaient sur le moment et gagnaient en puissance avec le temps, Lumière silencieuse contient des moments de génie qui se manifestent dans l’utilisation de la lumière, la composition des plans et, généralement, l’art de suggérer avec un minimum de moyens.



Sur ce tempo mélancolique, Reygadas redéfinit la "puissance tellurique" au cinéma. Il pose des questions de cinéma, de mise en scène des lieux, des corps, des visages, des voix et semble choisir une mise en scène qui laisse le sentiment d’une amplitude, d’une intelligence qui regarde d’en haut ses personnages et mettrait en boîte la vie au lieu de la laisser gagner la forme du film. C’est pour cette raison qu’il supporte agréablement la comparaison avec Dreyer. Incontestablement, l’expérience se partage entre rejet et transe hypnotique. Beaucoup de sentiments contradictoires se bousculent dans cet ennui sublime où la vie circule au-delà des mots, dans les regards, sur les visages inquiets. Loin des outrances scandaleuses de Bataille dans le ciel, son précédent long où les personnages étaient prisonniers d’une dimension allégorique Buñuelienne un tantinet pesante, Lumière Silencieuse use d’une autre forme de provocation, moins masquée, plus directe : la patience. La patience tant redoutée qui amène pourtant vers une récompense. Celle qui consiste à savourer paisiblement, loin de tout, chaque respiration, chaque vertige, chaque bruissement d’une histoire minimaliste et discrètement transgressive qui nous ramène à nos croyances ou à notre simple condition de mortel errant dans un univers trop vaste. Pour ainsi dire, nous sommes des poussières d’étoiles et des plaies d’amour. On a rarement ressenti cette proximité et cette distance au cinéma. Cette impression de se sentir tout petit, presque écrasé par les mystères de l’existence. Reygadas a tout compris.




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