A l’occasion de la sortie de
Gangs of New-York en Blu Ray le 25 juin 2008, retour sur les derniers films du cinéaste New-Yorkais que certains certifient comme mineurs dans la filmographie de l’auteur. Exit
Shine A Light ou autre
No Direction Home: Bob Dylan. Le point d’ancrage est celui de la fiction. Alors, Martin Scorsese, un cinéma en déclin ? Le point de vue de nos rédacteurs...
Nicolas Schiavi On a souvent accusé le maître italo-américain de tout et surtout n’importe quoi : vulgarisation crasse de la foi, violence gratuite, fascination malsaine pour les truands. Une chose doit être claire : il ne faut éprouver qu’une tristesse infinie pour les critiques qui ont osé ces affirmations. Les plus clairvoyants ont d’ores et déjà défendu le réalisateur sur ces thématiques (voyez simplement ce qui arrive aux trois Affranchis, vous verrez que Scorsese est loin d’être fasciné par les gangsters). Inutile de débattre une fois de plus sur ces affaires classées.
Recentrons la polémique (le terme est lâché) sur les dix dernières années du cinéaste, à commencer par
A Tombeau Ouvert qui avait donné à Nicolas Cage son dernier grand rôle. Il faut voir et revoir ce film désespéré qu’on a souvent lié à son grand frère
Taxi Driver. Si Franck Pierce a des allures de Travis Bickle, la mise en scène de Martin Scorsese s'émancipe de son oeuvre précédente, en adéquation avec ses fulgurantes percées musicales. La caméra se libère de la rue, se gargarise. Le montage se veut étouffant, quelques effets digitaux font leur apparition. Le film est une mise en bouche à la scène d'introduction guerrière de
Gangs Of New-York. Il marque un tournant dans l'oeuvre du cinéaste.
Pensé pendant vingt ans,
Gangs of New-York est forcément influencé par la culture actuelle, faite d’effets visuels made in MTV où tout va plus vite, plus fort, mais plus vainement aussi. Empruntant des tics télévisuels, Scorsese ne parvient pas totalement à donner le souffle épique qu’on attendait de GONY. Il reste une œuvre menée tambours battants, une direction d’acteurs hors pair et l’hommage cinématographique ultime à la Grosse Pomme.
Académisme. Un mot qui revient souvent pour qualifier
Aviator réalisé en 2005. Leonardo DiCaprio est en train de devenir le nouvel acteur fétiche de Martin Scorsese et la distribution, de Cate Blanchett à Alec Baldwin, en passant par Kate Beckinsale fait le reste. Académisme ? On ne peut nier que le cinéaste, doté d’un budget confortable, se repose quelque peu sur ses lauriers, reprenant inlassablement des plans vus et revus dans
La Valse des Pantins,
Raging Bull, voire
Kundun (la montée du tapis rouge avec ses flashs agressifs et crépitants) . Certaines fulgurances de mise en scène (le crash d’Howard Hughes, le final utilisant à merveille les surcadrages et la profondeur de champ) sauvent largement la mise à un film inabouti dans ses ambitions, mais merveilleusement efficace dans son aspect purement dramatique.
En 2006, Martin Scorsese remake
Infernal Affairs pour le bonheur des uns et le malheur des autres. Rappelons tout de même qu'il est tout à fait envisageable de porter ce dernier et
Les Infiltrés dans son coeur... Seul hic, récompenser ce film de quatre Oscars (dont celui du Meilleur Réalisateur) ressemble plus à une gratification de l’Académie pour l’ensemble de la carrière de l’auteur. A l’arrivée, Scorsese filme un empire du crime en pleine déliquescence, rongé de l’intérieur par des rats aux visages humains. Un grand drame shakespearien doté d’une seconde vision dramaturgiquement encore plus intense.
Le cinéma de Scorsese est loin d’être en déclin, il est juste en mutation. Le prochain
Shutter Island devrait remettre les idées en place à tous ses détracteurs.
Et pour finir, la phrase du jour : Un mauvais Scorsese vaudra toujours mieux qu’un bon Paul Haggis (oui, c’est arbitraire, vous pouvez me jeter des objets coupants au visage …).