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Michel Serrault : L'homme Orchestre [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 08 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 08 octobre 2009 à 14h14 - 0 commentaire(s)
"Nous nous sommes connus alors que nous avions tous les deux 24 ans, Michel n’avait que huit jours de plus que moi. Nous avions énormément de points communs, un même sens de la vie et du coup une réelle complicité. Le rire vient du cœur est c’est une chose que j’adorais profondément chez Michel. Quand j’ai eu la possibilité de réaliser mes propres films et de travailler avec lui, sa présence à mes côtés s’est imposée immédiatement, il n’était pas question que je me tourne vers un autre comédien. J’appréciais vraiment la façon qu’il avait d’aborder ses rôles, il faisait souvent référence à Clouzot qui parlait souvent de « mouiller son texte », c'est-à-dire de ne pas donner, en se glissant dans la peau d’un personnage, la sensation de réciter. En se remémorant sans cesse les propos de Clouzot, Michel fut entraîné sur le chemin de la vérité.
Lorsque nous évoquions ensemble notre enfance, nous en venions toujours à parler du cirque. C’était une référence pour lui, une véritable passion et il a su dans son jeu faire ressortir ce qui faisait la force d’un clown comme Fratellini, cette puissance qui émane de l’intérieur, cette sensibilité profonde qui génère le rire.
J’ai tourné quatre films, quatre téléfilms avec lui et ce fut à chaque fois un intense moment de bonheur."

Pierre Tchernia



La première image qui vient en tête en évoquant Michel Serrault est celle d'un comédien au talent comique hors pair, qui a fait rire un large public dans des films extrêmement populaires comme La Cage aux Folles. Le Viager qui est ressorti dans un coffret DVD consacré aux films de Pierre Tchernia s'inscrit évidemment dans cette noble tradition. Dans le cadre de notre semaine où le légendaire monsieur cinéma est notre rédacteur en chef, on aimerait évoquer de nouveau Serrault, sans doute l'acteur le plus doué qu'ait connu le cinéma français, polyvalent comme un homme orchestre, génialement imprévisible et irrévérencieux.



Mais évoquer Michel Serrault, c'est d'abord s'attaquer à un monument, être pris de vertiges devant une carrière pléthorique qui court sur cinquante ans et compte plus de 120 films. C'est forcément faire des choix pour tracer l'ébauche d'un portrait qui ne saurait rendre l'infinité de nuances que l'acteur a su exprimer. C'est enfin se souvenir de l'une des figures dont la popularité ne s'est jamais démentie jusqu'à sa disparition en juillet 2007.

Michel Serrault voit le jour à Brunoy le 14 Janvier 1928. Son coeur balance entre deux vocations, une foi profonde et sincère l'incline vers la prêtrise, tandis qu'un besoin de faire rire l'incite à la comédie. Il opte -assez heureusement- pour la deuxième option. Après avoir étudié à la rue Blanche, il est refusé par deux fois au conservatoire (ce qui laisse songeur). Dès la fin de la guerre, il joue Molière. La rencontre décisive avec Jean Poiret survient en 1952, ils forment ensemble un merveilleux duo de garnements, qui fera rire pendant de nombreuses années (et dont l'humour a particulièrement bien vieilli). Les deux complices prennent le schéma classique d'un duo de cirque: Le clown blanc, personnage sérieux et élégant (Poiret), allié à l'auguste (bouffon et plus outrancier : Serrault). C'est avec cette organisation qui a fait ses preuves qu'ils connaîtront le succès, en créant notamment la Cage aux folles, et en étant notoirement connus pour se barrer en vrilles dans des impros vertigineuses en fonction de leur humeur (ce qui pouvait étendre la pièce à des durées assez spectaculaires).



Il débute au cinéma dans Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot en 1955 et inaugure logiquement une longue série de rôles comiques dans Ah! Les belles bacchantes. Mais cette période est surtout marquée par la gloire qu'il rencontre aux côtés de son ami Poiret. Sa carrière est donc dans les années 60 avant tout celle d'un amuseur toujours associé à Jean Poiret (dans Assassins et Voleurs de Guitry entre autres). Il privilégie alors sa carrière théâtrale. C'est avec Le Viager de Tchernia qu'il passe en 1972 un cap au cinéma, puisqu'il fait évoluer son personnage de Martinet de la cinquantaine assez déprimée et la centaine guillerette. Les pauvres Gallipeau ont pris un viager dans un petit village, Saint-Tropez, pariant sur la mort de l'inoxydable vieillard (obéissant au fameux « Faites moi confiaaaance » de Michel Galabru). On trouve Goscinny au scénario (père d'Astérix et du Petit Nicolas qui profite de cette occasion pour transposer son esprit caustique sur grand écran). Serrault se livre à un numéro mémorable (sa petite voix de vieillard est tout simplement irrésistible). Il retrouve Tchernia et Goscinny dans Les Gaspards en 1973, où il est un libraire qui s'aventure dans les souterrains d'un Paris en grands travaux, à la recherche de sa fille. Dans Un meurtre est un meurtre d'Etienne Perier, il incarne un commissaire peu scrupuleux, prêt à tout pour résoudre une affaire de meurtre. Se dessinent alors les deux chemins qu'il prendra par la suite, ceux de la fantaisie tendre et parfois acide, ceux du policier, souvent extrêmement sombre. L'acteur révèle à ce moment tout son potentiel. Bien sûr, impossible de ne pas citer son rôle de travesti outré dans la Cage aux folles (pièce de Jean Poiret créée en 1973 et qui fera un triomphe pendant plusieurs années). Sa performance fantaisiste est si marquante qu'il sera l'un des rares comiques à récolter un César pour son adaptation cinématographique en 1979 (la récompense étant d'ordinaire réservée à un registre plus grave).


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