Malgré la réputation désastreuse que se coltine cette
Terza Madre, il serait stupide de renoncer au métrage du transalpin légendaire sous prétexte que sa dernière performance possède tous les attraits du nanar. Même s’il est évident que
Mother of Tears décevra tous les amateurs du cultissime cinéaste mais surtout rebutera tous les profanes, il reste tout de même le fait qu’il s’agit bel et bien d’une œuvre du maître dans laquelle il se dévoile totalement. Respect et nostalgie obligent, voici donc un bref retour déférent sur ce film tant dénigré.
Beaucoup ont une fâcheuse tendance à vouloir enterrer les anciens maîtres un peu trop vite et combien de fois avons-nous pu assister à l’assouvissement d’une éloquence inconsciente dont les détracteurs de tous les Carpenter, Hooper et autres Argento raffolent ? Il est vrai malheureusement que si ces trois exemples avaient brillamment réintégré le cœur des fans avec leurs épisodes des
Masters of Horror qui prouvaient de manière magistrale -du moins pour la première saison- l’immense potentiel inexploré qui sommeillait encore en eux, leurs métrages qui suivirent ne les mirent pas à leur avantage. Big John se vautrant avec son
Pro-Life après un très réussi
Cigarette Burns, Hooper s’engouffrant dans le ringard après les assez habiles
Mortuary et
La danse des Morts, il ne restait plus qu’à l’Italien à faire ses preuves. Cependant et ce malgré l’aura qui resplendissait à nouveau autour du cinéaste, son épisode
Pelts faisait très pâle figure comparée à son adaptation remarquable de la bande dessinée de Bernie Wrightson.
Malgré tout, l’excès de séquences plus gores les unes que les autres avait bercé la faune de spectateurs amoureux de l’outrance sanguine. Toujours est-il qu’il aura semblé que la série, ô combien décriée comparée à la fraîcheur indispensable qu’elle apporta, ait été un tremplin parfait pour ce bon Dario qui put enfin concrétiser l’un de ses projets avortés depuis quelques dizaines d’années. Cela faisait pas moins de vingt sept ans que les passionnés des œuvres baroques et tordues d’Argento attendaient ce troisième volet censé clôturer une trilogie dédiée aux trois mères, trois sorcières d’une époque païenne révolue. C’était d’ailleurs grâce aux deux premiers chapitres que sont
Suspiria et
Inferno qu’Argento avait su ameuter les férus de fantastique vers une dimension sans doute plus esthétique et plus intellectuelle.