Mais Tom Holland a une réelle maîtrise de son film et ne le plombe jamais par deux parties qui seraient trop distantes l’une de l’autres : là où le second degré était pleinement évident dans sa première partie, il guide le spectateur vers un côté certes plus sombre mais tout aussi fun. Difficile de ne pas apprécier la parade des amours entre le terrible vampire et la jolie Amy dans une boite de nuit pleine à craquer, sous les yeux terrifiés du pauvre Charley (qui vient de perdre son ami quelques instants plus tôt) : Chris Sarandon donne une telle prestance à son personnage de monstre que, non seulement il charme toutes les femmes de la boite mais que même les hommes ne semblent pas lui résister, Holland, contrairement à d’autres ne s’aventurant que très peu sur cette voie, offrant au spectateur l’une des images du Vampire : irrésistible ! Et c’est là que Holland en tant que bon metteur en scène entre en jeu et insuffle une nouvelle forme d’humour à son œuvre : alors que tout le monde est sous contrôle, même la musique semble être sous la patte du Nosferatu, celle-ci s’empressant de signaler à la jeune Amy que l’homme pour qui elle craque est « the good man in the bad time » … Et cette intervention de la musique en tant que personnage important de la scène, Holland s’en servira plusieurs fois, comme l’avait fait Cameron quelques années plus tôt lorsque son Terminator se plantait en achevant une co-locataire au lieu de la véritable Sarah Connor et que la musique nous signalait que « That’s a mistake » ! Et puisque le lien entre les deux films s’est présenté de lui-même, drôle de coïncidence de retrouver Brad Fiedel à la composition de la musique sur ces deux films…

Vampire…vous avez dit Vampire ? est l’un de ces films que l’on espère ne jamais voir refait tant il est encore aujourd’hui aussi parfait… Certes quelques maquillages sont parfois un peu foireux comme cet étrange volatile dans la scène finale mais d’autres sont encore terrifiants et plus efficaces que la plupart des séries B actuelles, l’équipe qui avait bossé quelques temps avant sur Ghostbusters ayant fait un boulot remarquable… Et oui, Holland nous a offert un film complètement 80’s, mais
Fright Night s’assume comme tel ! D’autre part, l’intrigue possède une telle puissance et un tel amour pour son sujet que les quelques défauts semblent alors dérisoires et tout nous paraît subitement réel, la vision d’un pieu dans le cœur nous imposant d’emblée tous les sacrifices et toute la douleur que cela coûte (à ce titre la prestation de Stephen Geoffreys est exceptionnelle malgré ses rires monstrueusement irritants pendant tout le métrage : dommage que celui-ci ait continué sa carrière dans le porno gay…). Bref une histoire de vampire incroyable dans laquelle tout est pensé pour être ultra respectueux du genre (poussant le vice jusqu’à transposer le sinistre château des Carpates en petite maison bourgeoise tout aussi flippante par ses dents de non mort dans les palissades, à l’instar de la barrière morcelée dans la scène d’ouverture des Dents de la Mer) et qui assume pleinement ses références (du clin d’oeil discret à l’extrait de classique avec Christopher Lee…) pour mieux lui déclarer un amour certain. Quant au casting, il est irréprochable de William Ragsdale (depuis abonné aux séries TV comme Desperate houswives) à Chris Sarandon, monstrueux comme d’habitude (quoique trop rare depuis la voix de Jack dans
l’Etrange Noel…) en passant bien entendu par Roddy McDowall, l’homme au curriculum vitae extraordinaire, tout ce petit monde s’acharnant sous la coupe de Tom Holland, pour qui c’était son premier film (et oui !) à nous rendre l’ensemble crédible et surtout à nous faire croire que tout ce qui arrive tristement à ce cher Charley peut bel et bien nous arriver… et face à ça, que peut-on ajouter de plus que « You’re so cool Brewster !!! » ?
Et pour tous les amateurs de
Fright Night, une suite fut réalisée par Tommy Lee Wallace (le pote de Carpenter qui fera l’acteur dans l’extraordinaire
Fog et qui mettra en scène
Halloween III, Vampires II et encore plein d’autres nanars) avec le grand retour du duo Peter Vincent/Charley Brewster quelques années plus tard. Hélas, le résultat est bien loin des plus basses espérances et ce n’est pas l’apparition de Tom Holland qui sauvera ce gentil navet aux effets spéciaux plutôt réussis… La semaine prochaine, re-sortie de la VHS de
Class of 1984 dans laquelle on retrouve à nouveau Roddy McDowall en prof au bord de la crise de nerfs et Tom Holland en scénariste provocateur… « We are the Future ! »
Florent Kretz