L'appel des États-UnisAux vues des chiffres et du succès de son dernier long-métrage en France et aux États-Unis, il est forcément question qu'Olivier Mégaton ait aujourd'hui des opportunités de l'autre côté de l'Atlantique. Pourtant, il n'oublie pas pour autant l'Hexagone et son pays de coeur, le Japon : "J’ai des projets en France. Maintenant, je fais partie d’une courte liste de réalisateurs français qui sont appelés tous les mois par les plus grands studios américains. J’ai reçu 80 scripts entre février et juin. Ce sont des thrillers, des adaptations de DC Comics, de Marvel, du film d’horreur… Tu passes en division supérieure sauf que tu restes un pygmée parce que tu es français. En France, il y a quatre producteurs qui sont capables de faire des films dans lesquels je peux m’exprimer. Il y a énormément de cinéastes par projets et peu d’argent pour les faire. Comme je n’ai aucune raison de faire perdre de l’argent à UGC, Gaumont ou autre, je préfère m’abstenir. Du coup, il y a des opportunités aux Etats-Unis où les budgets ne sont pas les mêmes. J’ai envie de les saisir. J’ai également un projet au Japon…".

Avec du recul et un grand sens des réalités, Olivier Mégaton termine cette entrevue avec une franchise rafraichissante, bien loin des interventions balisées sur le cinéma français. Sans détours, le cinéaste ose dire ce que beaucoup de professionnels pensent : "En France, les films sont faits par des scénaristes, des gens qui ont des idées, mais pas par des réalisateurs. Je suis content d’écrire moi-même mes histoires mais cela ne me pose aucun problème de demander de l’aide à un autre scénariste ou à un dialoguiste. Le problème survient quand un scénariste pense qu’il est le seul à pouvoir réaliser ce qu’il a écrit. La seule chose qui te reste en tant que scénariste, c’est la reconnaissance, certainement pas l’argent qui arrive plus tard. Les scénaristes français sont payés au lance pierre. Aux Etats-Unis, leur salaire représente au minimum 5 à 10% du budget. En France, si on est entre 0,5 et 3% c’est le maximum".
Face à Eastwood, Gray, Boyle, Fincher, Ritchie, il faut être modeste. Même si je joue en première division, je suis en bas de tableau.
"Je comprends qu’ils veulent avoir une reconnaissance que leur apporte la réalisation. J’ai entendu Abdel Raouf Dafri parler dans une émission. Sans langue de bois, il disait à quel point la nouvelle vague avait énormément apporté à tout le cinéma européen mais avait également nuit au cinéma européen. Elle a complètement anéanti le cinéma de genre, celui de Melville. C’est une réalité. A l’arrivée les Coréens ou les américains savent mieux se servir de notre propre héritage du film de genre. Aujourd’hui, la Fémis et la grande famille du cinéma français ont la mainmise sur le système. Je viens du graffiti et j’ai la même problématique avec l’école du hip hop. Pendant des années, c’était une famille et les autres n’existaient pas. C’est toujours le cas à l’heure actuelle".
"Il y a un marché restreint, même aux États-Unis, où les mêmes réalisateurs se retrouvent sur un seul projet. Face à Eastwood, Gray, Boyle, Fincher, Richie, il faut être modeste. Même si je joue en première division, je suis en bas de tableau. Le Transporteur est très éloigné de mon univers mais je prends énormément de plaisir à le faire. Je serai incapable, par exemple, de faire une comédie. C’est très abstrait pour moi".