Seconde partie de notre entretien avec le réalisateur d’
Outlander, Howard McCain. Après avoir retracé la longue gestation du projet, ses combats contre les restrictions budgétaires et l’enthousiasmante étape du design, le cinéaste entre dans le concret avec le tournage, la postproduction et la sortie du film…
Vous avez filmé Outlander au Canada durant l’hiver. Autrement dit, vous êtes totalement fou !(
Rires) C’était en effet atroce. En plus, on a principalement tourné de nuit, et nos comédiens avaient très peu de costumes sur eux. Rien que d’arrêter de trembler au cours de la prise était un véritable exploit physique. L’un des soucis inattendus du froid, c’est la boue : on s’enfonçait tous dans le sol, ça ralentissait nos mouvements, ceux des comédiens, ça rendait tous les déplacements de la caméra problématiques… Je ne sais pas combien de temps on a perdu avec ça. Le bon point, c’est que vous voyez la buée s’échapper de la bouche des acteurs, vous décelez que la végétation est givrée, et tout est recouvert de boue comme dans
Les Sept Samouraïs, ce qui rend notre film nettement plus réaliste. Donc c’était finalement bénéfique pour le film, ça lui donne une bonne texture…
Votre directeur de la photo, Pierre Gil, a beaucoup travaillé avec Christian Duguay. Et j’ai retrouvé parfois le même genre de dynamique sur certains plans de grue…C’est très marrant que vous me disiez ça, parce que ces plans viennent vraiment de Pierre. Lorsque je lui ai montré mon story-board, Pierre m’a dit qu’il était super, mais totalement infaisable dans nos délais. Il m’a donc poussé à louer presque en permanence une grue télécommandée Technocrane, que nous avons placée stratégiquement sur notre plateau principal. Une fois installée, nous ne bougions plus sa base et nous pouvions l’utiliser presque pour chaque prise, afin d’avoir un maximum de plans en mouvement. Comme nous n’avions plus d’installation à faire, c’était une méthode extrêmement efficace et économique de nous couvrir. Pendant le montage, j’ai béni Pierre pour avoir eu cette idée…
J’étais très content de voir à quel point votre film est gore. Vous tuez même méchamment un prêtre dans une séquence très rigolote.(
Rires) Ça, je dois vous avouer que c’est une scène totalement volée à
La Guerre des mondes de George Pal. Le truc marrant, c’est que nous faisions un film classé « R » et destiné aux fans boys. Mais contrairement à ce que l’on a tendance à penser, faire du gore, qu’il s’agisse d’effets spéciaux prosthétiques ou tout simplement d’éclaboussures de sang, demande énormément de temps. C’est une vraie plaie. Tant et si bien que nous craignions de ne pas être assez violents parce qu’on a coupé énormément de plans et d’idées ultra sanglantes. Mais j’ai l’impression que du coup, les effets gores ressortent encore plus, et le film semble nettement plus radical que ce que nous pensions faire. Je ne sais pas si c’est un bien ou un mal…