Par Nicolas Houguet - 12 octobre 2009 - 0 commentaire(s)
"Philippe Noiret était un homme très droit et très clair, l’une des grandes figures du théâtre et du cinéma français. Je l’ai connu lorsqu’il se produisait au Théâtre National Populaire, mais j’ai vraiment appris à le connaître lorsque j’ai commencé à orchestrer des interviews pour Monsieur Cinéma. Au fil de nos rencontres nous nous sommes aperçus que nous avions de nombreux amis communs mais que les hasards de la vie ne nous avaient jamais encore réunis. Ce qui m’impressionnait c’est qu’il avait un humour parfait, cet humour qui nous amène à nous moquer de nous même. Il avait parfaitement conscience de son physique avantageux, de sa voix de trombone qui lui permettait d’aller vers des personnages comiques.
Le Vieux fusil fut ensuite un tournant, c’est le film qui lui a permis de laisser éclater toute sa sensibilité et sa générosité d’acteur. Il pouvait donner beaucoup. Je rêvais de tourner à ses côtés et lorsque j’ai commencé à écrire Les Gaspards, j’ai immédiatement pensé à lui pour incarner ce personnage évoquant un grand seigneur cynique, élégant, proche de l’image de Noiret. Je l’observais souvent fumant ses cigares, il avait une prestance rare, un mélange étonnant de jovialité et de retenue, de générosité et de discrétion. Il avait toute mon estime, j’espère avoir un peu gagné la sienne."


Pierre Tchernia



Dans le cadre de notre semaine consacrée à Pierre Tchernia, et après Michel Serrault, contemplons un autre monument du cinéma français au moins aussi considérable: Philippe Noiret (qui a joué dans Les Gaspards de Tchernia, sorti dans un coffret DVD consacré au réalisateur regroupant également La Gueule de l'autre et Le Viager). Comme Serrault (qu'il a croisé à plusieurs reprises), sa filmographie compte plus de cent films et pas mal de chefs-d'oeuvre. Sa voix, grave et chaleureuse, sa carrure, son regard expressif et touchant (qu'il soit malicieux, tendre ou triste) font de lui l'un des acteurs les plus attachants du cinéma français. On se souvient de lui toujours avec un sourire, pour les personnages impertinents à qui il a donné corps (dans Alexandre le Bienheureux ou Que la Fête commence), pour ces sensibilités à fleur de peau qu'il a su épouser (dans l'Horloger de Saint Paul), pour la chaleur qu'il savait dégager (dans Cinema Paradiso) ou encore la roublardise (Coup de Torchon ou Les Ripoux). Noiret est élégant en toutes circonstances, dans l'irrévérence de La Grande bouffe ou dans la peau du bourgeois manipulateur de Le Juge et l'assassin. C'est une faculté à incarner la douleur également, rarement atteinte aussi sobrement, avec une pudeur bouleversante (dans Le Vieux Fusil).

Il voit le jour à Lille le 1er Octobre 1930. Après la guerre, Il entre au Lycée à Paris où il reconnaît avoir été un cancre. Il se tourne alors très vite vers la comédie et se consacre au théâtre avec passion. Ses parents l'encourageront d'ailleurs dans cette voie. Car dès qu'il monte sur les planches, même en ses temps lycéens, le jeune Philippe qui n'est pas habituellement auréolé de succès (c'est le moins que l'on puisse dire puisqu'il ratera son baccalauréat à plusieurs reprises), récolte les louanges. Il se consacre donc très jeune à l'art dramatique, joue déjà quelques pièces, rencontre Louis Jouvet. Après ses années de formation (notamment au conservatoire avec ses grands amis Marielle et Rochefort), il entre en 1953 au TNP (Théâtre National Populaire) de Jean Vilar, après avoir auditionné devant Gérard Philipe lui-même. Il se produira partout et tout le temps, se jetant avec un enthousiasme dévorant dans cette passion qui lui emplit l'existence (il se consacre également au cabaret avec Jean Pierre Darras à cette époque). Il arrive que l'on rencontre des comédiens animés par ce feu-là. La ténacité de Paul Newman et sa dévotion à l'art de jouer, la passion de Pacino pour le théâtre. En France, Noiret leur ressemble dans sa manière d'embrasser totalement et avec avidité la carrière de comédien.



Au cinéma, il fait sa première apparition marquante en 1960 dans Zazie dans le métro de Louis Malle, dans l'adaptation du roman de Queneau où il est un très bon tonton Gabriel. Cependant, le début de sa carrière à l'écran se constitue de rôles assez secondaires. Pendant quelques années, on ne le remarquera pas outre mesure. C'est avec Alexandre le Bienheureux en 1967 qu'il connaît enfin la popularité grâce à Yves Robert. Dans le rôle de cet homme divinement jouisseur et paresseux sur lequel son épouse tyrannique règne pour qu'il s'acquitte de ses tâches, Noiret explose. C'est une révélation. Dans la peau de cet homme farouchement rétif à toute contrainte, il donne vie à un personnage à la rébellion tranquille, qui choisit simplement de se reposer et de profiter de la vie à ne rien faire. Cette image d'anarchiste paisible marque l'esprit. L'acteur l'incarnera souvent notamment dans la peau d'un roi libertin qui tente de perdre sa mélancolie dans une succession de fêtes et d'orgies décadentes dans Que la fête commence. Cette notoriété lui permettra notamment de tourner sous la direction d'Alfred Hitchcock dans L'Etau en 1969.


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