Né le 29 Janvier 1928,
Pierre Tchernia, à l'origine Tcherniakowski, demeure avant tout un célèbre animateur de télévision, et aura marqué l'Histoire en créant des émissions cultes telles que
Monsieur Cinéma ou plus récemment
Les enfants de la télé. Scénariste et acteur, nous oublions bien souvent sa carrière de réalisateur. A tort. Il a en effet signé quelques-unes des comédies françaises les plus réussies des années 70 et fin 80. Leur secret ? Des scénarii d'une originalité folle, saupoudrés d'un humour généralement enfantin, parfois très corrosif envers la société, le tout accompagné d'une agréable pointe de poésie. A l'occasion de leur sortie en DVD dans un splendide coffret, venez redécouvrir l'oeuvre d'un cinéaste inoubliable.
Né d'une discussion avec le célèbre créateur d'
Astérix René Goscinny,
Le Viager raconte les aventures d'un homme de 59 ans, condamné à terme par son médecin, au début des années 30. En conséquence, le vieil homme décide de mettre en viager sa propriété située à Saint-Tropez à ce même docteur. Mais en "s'obstinant" à ne pas mourir, il ne fait pas l'affaire de tout le monde. Certains vont alors tenter d'aider le destin...
L'oeuvre porte définitivement la « patte » de ses auteurs. Généralement considéré comme la plus grande réussite de Tchernia au cinéma,
Le Viager est un réel bijou, servi par un casting incroyable, le grand
Michel Serrault en tête. Ce dernier trouve en effet dans le personnage de Louis Martinet l'un de ses meilleurs rôles, laissant libre court à son talent, à sa folie mais aussi à sa démesure. Sa performance demeure impressionnante, nous apparaissant peut-être encore plus émouvante aujourd'hui, depuis sa triste disparition. Le voir vieillir à travers ce film sans jamais mourir nous fascine et démontre à quel point il fut l'un de nos plus illustres comédiens. A l'époque du tournage, le comédien n'avait que 44 ans, et lorsque le film commence, son personnage est censé en avoir 59 avant de finir centenaire. Mais plus qu'une réelle performance comique, l'acteur apparaît beaucoup plus tendre voire dramatique, en parallèle aux autres personnages et à l'univers dans lequel il évolue, souvent à la limite du « cartoon ». Tout passe alors par son indéniable talent, simplement affublé d'un faux nez et d'une légère couche d'auto-bronzant en plus...

A ses côtés, une pléiade d'immenses comédiens viennent lui donner la réplique. Parmi les plus connus, à l'époque, nous retrouvons
Michel Galabru,
Marthe Villalonga, Odette Laure,
Jean-Pierre Darras, ou bien encore Claude Brasseur; dans des rôles beaucoup plus secondaires, nous prenons plaisir à reconnaître, au détour d'une séquence généralement mémorable, Jean Richard,
Yves Robert, mais aussi
Gérard Depardieu, alors à ses débuts. Le film enchaîne les moments de bravoure et les séquences aujourd'hui cultes, constitués de gags délibérément irrésistibles et de dialogues inoubliables. Le
« faites-moi confiance » récurrent de Galabru continue donc d'égayer nos zygomatiques, et les différents accidents au sein de la famille Galipeau nous apparaissent particulièrement jouissifs. Ainsi, le film frôle parfois l'humour noir, mais en conservant toujours un traitement fantaisiste, voire parodique, supprimant tout aspect dramatique. Les morts se succèdent donc, qu'il s’agisse d'infarctus, de noyés, de chutes du haut d'un balcon, de crises cardiaques ou tout simplement de vieillesses.
Outre cet humour des plus délirants mas souvent poétique, le film se veut également une formidable rétrospective de notre passé, sur près de quarante ans d'Histoire Française, de 1930 jusqu'au début des années 70. Les références ne manquent donc pas et
Le Viager apparaît comme un film presque éducatif, destiné avant tout aux enfants. Le terme « Viager » y est d'ailleurs expliqué dès le début du film par une très jeune voix (la fille de Serrault) et des dessins véritablement simplistes (conçus par Goscinny).