Car c’est bien d’un mal être, d’un mal de vivre dont traite
Point Break. De la recherche de soi et des autres dans des épreuves trompe-la-mort toujours un peu plus risquées mais tellement enrichissante, la pauvre Tyler n’étant que la femme réceptacle des douleurs des deux hommes rivaux et amis dont elle a été la maîtresse lors de deux époques différentes. Provoquant un enjeu de taille car seule personne les rattachant à la réalité, le personnage joué par Petty, prend alors une dimension totalement désespérée tant elle-même est hantée par la mort de ses propres parents et par le rejet de l’autre par peur d’avoir à le perdre. Quant au face à face des deux hommes, il devient tout simplement mystique tant Bigelow les a transcendés en surhommes véritables, bêtes incroyablement riches d’une énergie inépuisable et d’un respect pour la nature et la planète qui restent pour eux les seules valeurs nobles dans une société qui perd toute identité et qui commence à se bouffer la queue. Aussi, les voir se confronter l’un à l’autre et se battre à mort après qu’ils aient été les rois du monde ensemble, dominant équitablement les océans et les airs dans une osmose totale entre hommes -la dimension homosexuelle étant radicalement écartée-, tient soudain d’une sorte de choc des titans, de deux forces de la nature, de deux incarnations de liberté, l’une étant physique et l’autre spirituelle, les deux n’étant pas compatibles selon Bodhi. Et lorsque tout dégénère au cours d’un derniers braquage et que Bodhi doit redescendre sur terre pour récolter les responsabilités qui lui reviennent, Bigelow signe juste l’un des ses plus beaux moments de cinéma, l’image étant totalement hantée par Patrick Swayze, qui prouve l’espace de quelques minutes qu’il n’est pas le simple beau gosse des années 80-90, qu’il n’est pas seulement le gars athlétique qui se jette réellement dans le vide d’un avion en altitude pour les besoins d’une prise ou qui surfe quasi tout le temps sans doublure, qu’il est tout simplement l’un de ces putains d’acteurs sous exploités et au potentiel monstrueux. Quant à la dernière séquence dans laquelle Bodhi souhaite prendre enfin sa vague, il s’agit tout simplement de quelques minutes sublimes pendant lesquelles résonne cette grandeur d’esprit et cet appel infructueux à la liberté véhiculée déjà pendant le courant hippie ou dans le final de
Easy Rider. La vague étant tellement énorme, la doublure ne tournera que deux prises, refusant radicalement d’y retourner une troisième sous les ordres de Bigelow… Quant à une suite annoncée, il semble évident qu’elle serait la plus malvenue du monde, tant ce film qui remit le surf en avant est toujours aussi poignant, violent et efficace. Que ce soient les images sportives ou celles de la trame traditionnelle, Bigelow s’attarde pour signer une véritable bombe, ce qui restera encore pendant très longtemps comme une référence absolue. Quoiqu’il en soit, et ce, vu le génie du film et la sublime qualité de ses plans, il est étonnant qu’aucune édition digne de ce nom ne soit parvenue de manière satisfaisante ni chez nous, ni outre atlantique car votre serviteur, décidément ultra mordu du film, en est même venu à acheter le film laserdisc… Allez Bodhi ! Prends-ta vague ! Et vous ? Allez à la plage ! See you soon !