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Popcorn Reborn 2 : Class Of 1984 [page 2]

Par Florent Kretz - publié le 28 mars 2008 à 16h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h54 - 0 commentaire(s)
Une chose reste amusante tout de même : alors que ce Class 1984 a su déchaîner les passions, une pléiade de films avait déjà traité de ce problème qu’est le choc violent des générations et la remise en question des systèmes, et ces quelques essais n’avaient pas connu le même acharnement. Rappelez-vous de Graines de violence de Richard Brooks dans lequel, déjà en 1955, le professeur Dadier (sublime Glen Ford) se trouvait dans la même situation que le pauvre Andy Norris dans la promo 80’s. Cependant, Blackboard Jungle se présentait dès le départ comme un avertissement (positif dans le sens où il se proposait dès le départ de régler gentiment l’affaire) et ne possédait que très peu de part d’ambiguïté, le propos étant d’adapter un système éducatif à une société changeante et de reconsidérer les voyous non plus comme des monstres mais comme des jeunes à problèmes ce que ne fait jamais, il est vrai, le film de Lester… Et même des films comme Escalier interdit en 1967, plus tard la série des Substitute (avec Tom Berenger dans le premier -plutôt sympathique- et Treat Williams dans les trois suivants, qui chutent niveau qualité au fur et à mesure) ou encore 187 : code meurtre de Kevin Reynolds (malgré une fin d’un pessimisme assez incroyable) n’avaient pas connu d’aussi mauvaises réputations et même le gros nanar qu’est Le plus beau métier du monde avec notre Gégé national a dû être mieux accueilli ! Bref Class 1984 n’a pas eu la chance d’être soutenu mais heureusement pour le film son ambiguïté et sa réputation sulfureuse ont su lui offrir les faveurs du public. La preuve : alors qu’on ne parle plus du tout de films comme l’Escalier interdit de Robert Mulligan (avis à ceux qui ont encore la VHS dans leurs greniers…) ou de Gangsta paradise avec Michelle « catwoman » Pfeiffer (si ce n’est lorsqu’une radio diffuse accidentellement le tube de Coolio), le titre du film culte du réalisateur de Commando revient assez souvent lors de certaines occasions dans les conversations de cinéphiles ou de groupes de néo-punks…


Le film s’ouvre donc sur un carton nous indiquant, comme le faisait Graines de Violence en son temps (mais pour d’autres raisons), qu’au cours de l’année 1981 plus de 28 000 actes de violence ont été perpétrés dans les collèges américains, que ce film est basé sur des faits réels et que, le message est clair, l’avenir des établissements scolaires va dans ce sens de dégradation, ou comment nous annoncer dès le début qu’on risque de ne pas trop se marrer, le but de Lester étant de retourner littéralement le spectateur à grands coups d‘épisodes tous plus percutants les uns que les autres, le réalisateur étant accompagné par Tom Holland (Fright Night pour ceux qui n’ont rien suivi !) cherchant dans leurs mémoires des souvenirs douloureux de leurs propres scolarités… S’en suit alors un petit générique nous décrivant le collège dans lequel va se dérouler l’ensemble de l’intrigue, le tout sur un tube monstrueux d’Alice Cooper qui chante « …Take a look at my face caus’ i am the future… » alors même que les images nous décrivent des hordes de jeunes punks dégradant les murs tandis qu’un jeune homme arrive pour son premier jour en tant que professeur de musique dans l’Abraham Lincoln Highschool. Scène d’ouverture étrange tant elle nous plonge directement dans cette vision assez incroyable qu’il n’y a, malgré ce que chante le papa de l’album « Welcome to my nightmare », plus aucune possibilité d’un quelconque avenir, le jeune professeur semblant incarner cette Amérique qui veut obstinément rester aveugle quant à la dégénérescence de son système à l’instar du personnage qui ne semble pas voir ce qui se passe autour de lui et du profond sentiment de malaise qui règne dans l’établissement et dont seule la vision d’un revolver dans la mallette d’un de ses collègues semble lui ouvrir quelques instants les yeux. Ce collègue en question, c’est le génial Roddy McDowall qui campe un professeur fragilisé par la décrépitude de ses conditions de travail, l’instituteur passionné de biologie étant sans cesse obligé de se battre intellectuellement contre le mutisme et le désintérêt des élèves… En ce sens ce Monsieur Corrigan, qui voue un amour sans borne pour ses lapins et accessoirement cobayes, représente cette génération qui a dû elle-même affronter celle du nouvel arrivant et qui, par la même occasion, sait que sa mission est vaine, la relation qu’il entretiendra avec son nouveau collègue devenant vite passionnante les deux hommes incarnant les deux phases complémentaires d’une même entité (le système éducatif) : l’un se reconnaît battu d’avance continuant pour les quelques uns qui suivent encore les cours mais est à la limite de l’explosion, tandis que le nouveau professeur, avec la passion de la jeunesse et l’ambition utopique de changer les choses, se borne à croire en lui et en ses élèves…


Ce professeur en question est interprété par Perry King, le moustachu de Riptide qui avait débuté dans le très bon Abattoir 5 avant de se lancer dans une carrière uniquement TV, son dernier rôle ciné étant celui du président dans le Jour d’après de Roland Emmerich… King prouve ici toute l’étendue de son talent, en insistant en permanence sur la crédibilité et sur la justesse réaliste de son personnage. Quoique obstiné et naïf, Andy Norris ne tombera jamais dans un cabotinage énervé ou une prestation ridicule, et même la dernière partie du film, dans un esprit très vigilante, le posera avant tout comme un homme détruit et non pas comme un guerrier vengeur…Mais le fait que le film fonctionne n’est pas dû uniquement aux prestations très fortes de profs dépassés ou une provocation gratuite permanente : Lester et Holland posent l’histoire en nous décrivant trois espaces différents dans lesquels toute l’intrigue va se dérouler. Le premier lieu est ce lycée le Abraham Lincoln Highschool, lieu oppressant dans lequel règne non plus l’éducation mais les gangs. Racket, agressions, viols, drogue… Tout a été mis dans cet établissement fictif (à signaler puisque le film s’inspire lui de faits réels) pour que le bâtiment soit un microcosme représentant la société de l’époque. Il est devenu impossible de suivre les cours tant la pression est énorme et seuls quelques élèves restent concentrés sur leurs études à l’instar d’Arthur (le tout petit et tout bouboule Michael J. Fox) et Patty qui représentent cette minorité désireuse d’évoluer dans un système qui finalement finit toujours pas vous rattraper… Notons que Lester met tellement bien en scène les séquences de classes, que lorsque perturbation il y a, on a l’impression que seuls deux élèves suivent encore le cours, alors qu’en fait toute la classe suit à l’exception de deux trois vandales. Le second espace vital est le foyer d’Andy Norris : une petite maison modeste en banlieue typiquement américaine dans laquelle il vient de s’installer avec sa femme avec qui il tente de fonder une famille. Ce lieu est important puisque nous désignant le professeur comme une personne provenant finalement d’un milieu simple, qui a visiblement travaillé dur pour arriver à ce niveau de classe moyenne et pour qui la musique, matière qu’il enseigne, est justement, comme tout autre Art, la seule chose qui s’adresse à toutes les classes sociales et qui est envisageable pour tous… Le troisième lieu apparaît dans une seule scène et décrit les vraies origines sociales du bad guy du film, le sociopathe Stegman. Celui-ci est, malgré son allure et ses actes, issu d’une famille bourgeoise ultra protégée et très bien éduquée… Ces trois espaces vitaux s’entrechoquent donc composant une sorte de lutte des classes -une classe moyenne voulant monter discrètement contre une classe bourgeoise cherchant à descendre en tout pétant (tout en gardant ses privilèges)- sur un terrain neutre qu’est le lycée, lieu où beaucoup se trouvent pris en otages de cette confrontation permanente…


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