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Portrait : Chang Cheh [page 3]

Par Gwenael Tison - publié le 31 août 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h42 - 0 commentaire(s)
Concernant les acteurs, mis à part Jimmy Wang Yu son premier poulain, Chang Cheh préférait les silhouettes plus légères et élégantes, un brin sensuelles et féminines et non des acteurs toujours aussi musclés et sachant manier à merveille l'art du combat rapproché. Il dénicha de véritables stars avec Ti lung, Jimmy Wang Yu, Fu Sheng ou encore David Chiang qui permirent au début des années 1970 de faire de véritables cartons en salles, asseyant son statut de maître incontesté du 7ème art auprès du public et des producteurs de SB. David Chiang et Ti Lung par ailleurs permirent aussi de donner ses lettres de noblesse au Wu Xia Pian masculin. Souvent opposés dans ses films, chacun de ses grands acteurs donnèrent matière à des combats impérissables comme dans Return of the One-Armed Swordsman entre Jimmy Wang Yu et Ti Lung ou encore le même Ti Lung face à David Chiang dans New One-Armed Swordsman ou deadly Duo de 1971. Un duo qui en fit une des figures emblématiques du cinéma de HK mais qui hélas trouva rapidement ses limites. De peur d'égratigner leur nouvelle stature de star, Chang Cheh trouva certaines difficultés à mettre à mort à l'écran l'un ou l'autre, de peur de décevoir le public en s'attaquant à de véritables icônes vivantes, ce qui par le passé étaient bien plus aisé.

Au début des années 1970, Chang Cheh subit un des premiers revers avec l'accueil en demi-teinte de The Blood Brothers. Il décida de prendre un peu de recul, quittant les studios de la Shaw Brothers de HongKong pour la péninsule de Taïwan. Il en profite pour y ouvrir une succursale de la Shaw Brothers nommée Chang's Film Company. Il renouvela la preuve de son talent avec Le justicier de Shangaï et sa suite dans laquelle il met en avant le combat de rues. Cherchant à se dépasser, Chang Cheh en bon auteur soucieux des attentes de son public se creusa les méninges et eut l'idée lumineuse d'une trame narrative qui s'articulerait autour des temples Shaolin en proie à l'invasion chinoise, mettant en avant quelque chose de rarement représentée : le Kung Fu Shaolin. Aidé de ses deux autres "frères d'armes chorégraphes", Tang Chia et Liu Chia Liang, il réussit en 1974 à mettre en branle une nouvelle franchise fleurissante avec pas moins de quatre films la même année sur ce thème novateur pour l'époque. Naît ainsi Two Heroes, Men from the monastery, Shaolin Temple, et enfin Shaolin Martial Arts. Suite à cette intense collaboration, l'alchimie entre le chorégraphe Liu Chia Liang et le réalisateur Chang Cheh n'ayant plus cours, ils rompirent toute collaboration. Quand bien même Chang Cheh fut séparé de son chorégraphe attitré dans le genre Kung Fu Shaolin, il continua par la suite à offrir au public pas moins de 7 autres films s'étalant jusqu'au tout début des années 1980.


Malgré tout, le talent de Chang Cheh déclina sérieusement au milieu des années 1970 même s’il y eut des soubresauts. Ce déclin avait des raisons multiples. La séparation d’avec le talentueux chorégraphe Liu Chia-Liang y contribuant, le réalisateur recycla les figures iconiques qu'il avait déjà mis en place par le passé mais sans l'envergure d'antan, appuyant par ailleurs une tendance à un mauvais goût parfois trop prononcé et à un nationalisme exacerbé. L'autre raison réside aussi dans un rythme de production très soutenu avec une moyenne de 5 films réalisés par an. A cette cadence, il ne put que consumer les ressources de son esprit créatif. Qui plus est, il eut du mal à retrouver des jeunes acteurs charismatiques. L'une de ses dernières tentatives réussies fut le jeune Fu Sheng dans Chinatown Kid réalisé en 1977.

Mais tout cela n'était rien face à l'autre grande révolution : l'arrivée de la figure emblématique de Bruce Lee et son terrible Big Boss de 1971, marquant le déclin du film de sabre au profit du combat à mains nues et d'un kung-fu exacerbé avec la spécialité de Big Dady Bruce du Nunchaku. Une légende est née, une autre s'incline.

L'homme chercha tout de même d'autres films pouvant se décliner en plusieurs épisodes comme Brave Archer 1 2 et 3 réalisés respectivement en 1971, 1978, 1981, ainsi que Les Cinq Venins Mortels avec la troupe incroyable des Five Venoms avec ses acteurs acrobates martiaux, dont l'acteur Chi Kuan Chun. Cette série est déclinée sur près d’une quinzaine de métrages.

Il prolongea sa carrière en dents de scie jusqu'en 1993, date à laquelle il jeta définitivement l'éponge, alors âgé de 80 ans et laissant la nouvelle vague du cinéma hongkongaise prendre la relève. Il décéda en 2002 en laissant derrière lui d'illustres films qui ont marqué à jamais l'histoire du cinéma de HK. Reconnu comme un des plus grands metteurs en scène de Hong Kong aux côtés de Chu Yuan et King Hu, il dynamita les genres et imposa une vision viscérale et radicale des arts martiaux.
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