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Portrait : Cheng Kang (les 14 Amazones) [page 3]

Par Elodie Leroy - publié le 24 octobre 2007 à 13h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h24 - 0 commentaire(s)
A peine remis du tournage éprouvant des 14 Amazones, Cheng Kang retourne au travail dès 1972. On le retrouve ainsi aux commandes de Pursuit, un wu xia pian violent qui compte parmi ses sources d'inspiration le célèbre roman Au bord de l'eau de Shi Nai-an. La même année, Cheng Kang a l'honneur de se voir crédité aux côtés de Chang Cheh et de Griffin Yueh Feng à la réalisation des Maîtres de l'Epée (aka Trilogy of Swordmanship), trilogie de courts métrages s'inscrivant à nouveau dans le genre du film de sabre. De ces trois segments, on retient surtout les deux premiers, The Iron Bow (avec Li Ching) et The Tigress (avec Lily Ho, Li Ching, Lo Lieh et Wang Ping), tout deux co-réalisés par Cheng Kang et Chang Cheh. La présence de Cheng apporte à ce titre une mixité qui fait plaisir à voir par rapport à l'œuvre de son confrère, lequel se montre habituellement plus radical dans son traitement des valeurs viriles mais peut-être moins subtil dans son traitement de l'humain. Tandis que The Iron Bow, qui se déroule entièrement dans une auberge, allie efficacement action et humour, The Tigress bénéficie d'un scénario malin et tire magnifiquement partie du face-à-face entre Lily Ho et Lo Lieh, deux acteurs charismatiques s'il en est que Cheng Kang connaît bien pour les avoir dirigés dans Les 14 Amazones.


Cheng Kang ne parviendra jamais à réitérer un succès comparable à celui des 14 Amazones. Ce qui ne veut pas dire que la suite de sa carrière ne comporte pas quelques œuvres mémorables. Le réalisateur continue de développer sa collaboration avec ses acteurs fétiches, en particulier avec l'excellent Lo Lieh qu'il retrouve dans le drame The Two Faces of Love (1974) et surtout dans Kidnap (1974), un huis clos dont le scénario s'inspire d'un fait divers qui a secoué Hong Kong – le kidnapping d'un homme d'affaires par un gang mené par un pompiste – et dans lequel Cheng Kang tire le meilleur parti de l'histoire d'origine pour livrer un thriller puissant, démontrant une fois de plus sa maîtrise incontestée de la narration, de la mise en scène et de l'écriture des personnages, d'autant que Kidnap offre à Lo Lieh un rôle à la mesure de son talent. Cheng Kang et Lo Lieh se retrouvent encore dans The Criminals (1976) et dans The Flying Guillotine 2 (1978), suite du premier opus de Ho Meng-Hua.



KIDNAP

Enfin, avec son sympathique King Gambler, comédie d'action avec Chen Kuan-Tai, Cheng Kang peut se targuer d'être l'un des initiateurs du genre du gambling movie, largement expérimenté par la suite par Wong Jing. Le gambling movie façon Hong Kong a cela de particulier que les scènes de jeu (mahjong ou autres) sont filmées comme de véritables scènes d'action : il n'est pas rare de voir la caméra zoomer sur un objet situé au centre de l'attention, pour la voir ensuite effectuer un zoom arrière, tournoyer autour de la table pour s'attarder ensuite sur un geste ou encore une expression d'angoisse, le rythme du montage s'adaptant bien entendu à l'importance de l'enjeu. Le budget d'un King Gambler n'est certes pas le même que celui d'un Casino Royale mais le spectateur est véritablement plongé dans le jeu aux côtés des joueurs, comme il le serait dans une séquence martiale. A ce titre, les personnages de King Gambler développent des compétences hors du commun au moyen d'un enseignement ancestral transmis de génération en génération, comme dans les arts martiaux. L'imagination ne connaît décidément pas de limite dans la comédie cantonaise. Cheng Kang réitère par la suite l'expérience du gambling movie avec Gambler's Delight en 1981 (avec Danny Lee) et Gambling Soul en 1982.


LES 14 AMAZONES

Si Cheng Kang est souvent cité pour ses œuvres s'inscrivant dans la pure tradition du wu xia pian, et parmi lesquels Les 14 Amazones et Les 12 Médaillons d'Or arrivent en tête, il laisse derrière lui des films plus hybrides mais tout aussi maîtrisés comme The Magnificent swordsman, des films d'aventures comme Killers Five ou encore quelques joyaux modernes et novateurs tels que Kidnap. Violent, fort, parfois émouvant, s'appuyant la plupart du temps sur des scénarios soignés qui donnent la part belle à des personnages flamboyants, le cinéma de Cheng Kang laisse une empreinte indélébile dans la riche histoire de la Shaw Brothers et du cinéma hongkongais.

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