Aujourd’hui sort dans les bacs le DVD du film
Pour elle, petit coup de maître qui s’était facilement imposé, à nos yeux, comme le film français le plus artistiquement intègre de l’an passé. Une bonne occasion de retrouver son réalisateur, Fred Cavayé, pour parler avec lui de tout ce qui s’est passé depuis la sortie du film en salles. Conversation avec un cinéaste qui aime faire des films simples et directs. Et la simplicité, comme chacun sait (ou ne sait pas), dans le domaine artistique, c’est bien souvent ce qu’il y a de plus difficile à obtenir.
Comment avez-vous vécu la sortie du film ?Franchement, je ne vais pas cracher dans la soupe : je suis très content que le film ait fait plus de 600 000 entrées en salles, c’est super pour un premier film. Après, j’attends beaucoup de la sortie DVD parce qu’il y a toute une partie du public à qui s’adressait ce film qui est passée à côté. En grande partie parce que le film n’a pas été vendu pour ce qu’il était, c’est-à-dire un thriller. Le titre, j’y tenais parce que ça contrastait justement avec le genre du film, mais pour souligner ce contraste, il aurait peut-être fallu un visuel plus fort, plus thriller. On a essayé de recadrer le tir pour la jaquette du DVD. Mais c’est une bonne leçon : je crois qu’il ne faut pas tricher avec ce qu’est le film. Cette imagerie glamour de l’affiche ne correspondait pas du tout au film. Ce n’est pas un film glamour, c’est un film certes romanesque mais âpre. En fait, je suis allé sur beaucoup de forums Internet, et je me suis rendu compte que pas mal de gens comme moi, qui aimaient le même cinéma que moi, ne sont pas allés voir le film en salles parce qu’ils pensaient que ça n’était pas pour eux. Et ça, c’est vrai que ça me fout un peu les boules. J’espère donc qu’ils vont le voir en DVD ! (
rires)
Pour elle jure clairement dans le contexte du cinéma français, mais aussi dans le contexte du cinéma de genre français. C’est un film qui ne s’embarrasse d’aucune référence cinéphilique et qui ne se préoccupe de rien d’autre que de raconter son histoire…Oui, c’est vrai. D’abord, je ne suis pas un bouffeur de films, je ne peux pas me permettre de faire des clins d’œil à des dizaines de films. Les références, en général, je trouve que ça a tendance à sortir le spectateur du film. En fait, je préfère jongler avec les codes qu’avec les références. En cela,
Pour elle est un film très classique, qui ne prétend pas révolutionner la narration. Après, ça ne l’empêche pas d’avoir un ton bien à lui. Ce côté très « cut », au niveau du scénario comme au niveau du montage des séquences, cette façon d’enlever tout le gras et de compter sur l’intelligence émotionnelle du spectateur, c’est quelque chose que j’assume totalement et que j’ai même dû imposer auprès de mes producteurs, au départ. Et sur ce plan-là, je vais même tenter d’aller plus loin dans le prochain film. Pour moi, il y a quelque chose de fondamental sur la structure d’un film, c’est l’importance des scènes d’exposition. Tu prends un thriller d’action comme
Taken, au début il y a une exposition qui dure près de 30 minutes. Je suis persuadé qu’avec seulement 10 minutes d’exposition, on pouvait arriver à dire à peu près la même chose. Il ne faut pas tout dire, tout expliquer, il faut aussi faire confiance aux acteurs, à la dynamique de l’histoire et aux spectateurs. Le vécu des spectateurs, c’est très important, ça. Quand je montre les relations de
Vincent Lindon avec son frère ou avec son père, je ne précise pas 10 000 trucs sur le frère ou le père parce que je laisse le spectateur remplir les cases, je m’appuie sur l’universalité des sentiments humains. C’est justement quand on lui laisse la place de se projeter dans les personnages que le spectateur rentre dans le film. C’est très cinématographique ce genre d’ellipses.