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Preview Dvd : Contre Enquete [page 4]

Par La Rédaction - publié le 20 août 2008 à 17h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h57 - 0 commentaire(s)
Jean Dujardin mais aussi Laurent Lucas et tous les autres comédiens sont parfaits dans leur interprétation, comment avez-vous géré la direction d’acteurs, par rapport à votre inexpérience totale de réalisateur ?
J’ai eu affaire à des gens intelligents. On a beaucoup travaillé en amont, j’ai eu des heures de discussions avec les techniciens, les acteurs. Je leur ai expliqué comment j’avais envie qu’ils jouent telle situation, mais quand on est en face de gens intelligents, comme c’était le cas sur ce tournage, on n’a pas besoin de diriger tous les jours sur le plateau les comédiens. Il suffit de leur expliquer une fois, de leur raconter quelques bribes de votre vie professionnelle et des affaires que vous avez vécues et vous ont permis d’établir cette histoire, pour que les comédiens aient le sentiment d’avoir face à eux quelqu’un qui ne raconte pas de conneries. J’ai le sentiment d’avoir été écouté, et c’est plus le flic qu’ils ont d’abord écouté que le metteur en scène, mais comme le flic leur a donné confiance, ils se sont fiés ensuite à l’apprenti metteur en scène.



La limite entre le Bien et le Mal est très floue alors que dans une affaire pareille (meurtre d’enfant) il eut été facile de céder au manichéisme et on vous l’aurait presque pardonné dans ce cas présent. Vous teniez à cette humanisation des personnages ?
J’ai vraiment essayé d’éviter le pathos, de rester le plus près possible de la vie réelle, de traiter cette histoire de manière sobre. Le malheur, dans la vraie vie, n’est pas cinématographique. Quand on assiste à des situations comme celle-ci dans la vie, ce n’est pas du cinoche, je peux vous le garantir. Lorsqu’un drame pareil arrive, c’est de manière brute, il n’y a pas ce lyrisme que l’on voit au cinéma, j’ai donc voulu conserver cet aspect là. Dans la vie personne n’est totalement blanc, totalement noir, même la plus infâme des crapules a parfois des comportements sympathiques, et avant d’être un immonde tueur tout le monde a été un enfant. Comme le disait un grand psychanalyste : « on pleure sur l’enfant malheureux qu’il a été, mais on doit punir le tueur qu’il est devenu. » La vie n’est pas manichéenne.

Le film repose en partie sur un retournement de situation habile à la fin. Sans rien en dévoiler bien sûr, quand vous est venue cette idée ?
C’est une histoire vraie. La toute fin ne l’est pas, c’est une extrapolation sur ce que ferait ce personnage si on va au bout du raisonnement. Plusieurs histoires se sont passées comme celle-ci, quand on parle d’erreur judiciaire on ne sait pas toujours où se situe l’erreur.



Votre film avait-il pour ambition de raconter justement une suite à ces affaires, de se dire que là où la justice s’arrête, je vais continuer grâce au cinéma ?
C’est ça. Je suis parti du constat tout bête, mais qui n’est absolument pas accusatoire, qui est que la justice des hommes est faillible parce que composée d’êtres humains, comme tant d’autres corps de métiers. La seule raison pour laquelle je suis contre la peine de mort, c’est pour son caractère irréversible. Je n’aurais rien en ce qui me concerne, en tant qu’ancien flic père de famille, contre le fait qu’on décapite un tueur d’enfants, ça ne me gênerait pas. En revanche c’est le caractère irréversible de la sanction qui me gêne, c’est-à-dire qu’on peut exécuter quelqu’un qui pourrait s’avérer plus tard innocent. Puisque malgré l’ADN et des moyens toujours plus sophistiqués, l’enquête de police est quand même menée par des hommes, la justice est rendue par des hommes, en plus par des jurys populaires, il y a donc dans toutes ces étapes quelqu’un qui peut se tromper. Sans parler des suicidaires qui veulent faire les gros titres de la presse en s’accusant de crimes qu’ils n’ont pas commis, le cas a déjà existé. Pour tout cela je suis contre la peine de mort. La fin de mon film n’est d’ailleurs pas un appel à la vengeance personnelle, mais une fin assez ouverte, chacun se fait son idée. Tout l’état d’esprit et le drame de Malinowski sont résumés dans la dernière phrase qu’il prononce.

Propos recueillis par Laurent Tity
logAudience