Un truc pour se marrerCreepshow, et ses 25 ans au compteur vous feraient croire que Leslie Nielsen a toujours eu les cheveux blancs. Dans un sadique contre-emploi antidaté, il y campe ici un tueur cocu particulièrement outrancier dans ses méthodes qui ne trouve pas mieux que de tuer sa femme et son Ted Dawson d'amant en les enterrant dans le sable, avec seulement la tête à l'air libre. Le hic, c'est qu'il s'agit d'une plage et que la marée est décidément changeante. Rien de fondamentalement original dans le déploiement d'une moralité à plusieurs tranchants et que l'on a eu le temps de (re) découvrir à plusieurs sauce dans Les Contes de la Crypte des années après. Les gentils amants reviennent d'entre les morts pour massacrer leur bourreau, certes, mais Romero trouve encore le moyen de s'en amuser, ne serait-ce que dans une direction d'acteur particulièrement enjouée et un macabre de situation qui fait son petit effet. L'histoire courte dérangeante par excellence.
La CaisseIl s'agit aisément du film le plus réussi de la compilation. D'une durée bien plus importante (une bonne demi heure), l'intrigue rejoint également l'improbable insertion du fantastique soudain dans un contexte on ne peu plus banal, cher au cœur de King. Lorgnant d'une part vers la pantalonnade prolo où Adrienne Barbeau campe un honteux pilier de comptoir au grand désespoir de son mari (Hal Holbrook), La Caisse bascule soudainement dans l'horreur graphique crue où un simple monstre poilue planqué sous les escaliers d'une faculté, ferré dans une caisse en bois, fait des sienne. On remerciera Tom Savini d'avoir conçu pour l'occasion une sorte de singe diabolique toujours aussi effrayant. En résulte une sorte de Muppet Show morbide donc le choc dépasse à lui tout seul tout le côté nonsensique de l'histoire (comment cette chose est-elle arrivée là et pourquoi personne ne l'a vue durant des années?) en absorbant d'une traite quelques personnages sans crier gare. Certes, la chose s'avère bizarrement fun, mais elle atteint un degré de sadisme supplémentaire dans un troisième acte incroyablement malsain où la chasse au monstre laisse place à l'homicide minutieusement orchestré dans une absence totale de moralité. Difficile à oublier.


Ca Grouille de partout !Fausse dernière histoire de la série (parce que la vraie, c'est en fait tout ce qui englobe la narration des courts-métrages), cette pièce fait un peu retomber l'ambiance générale comme un soufflé par sa froideur globale, son unité de lieu et de son unique comédien, mais c'est bien évidemment pour appuyer l'aspect tétanisant du programme. Creepshow amuse à plus d'un titre, mais il dérange pourtant, laissant un goût poisseux dans la gorge. C'est donc essentiellement à cela que sert cette histoire de cafards qui prennent d'assaut l'appartement cosy et archi hygiénique d'un millionnaire très à cheval sur la propreté et traitant son entourage comme les insectes. Un châtiment d'une grande tristesse au final, malgré la nature du salopard qui nous est présenté, pour une cinquième histoire faussement ratée. Parce que ça ne marque pas, ou en tout cas moins que les autres, ça marche…


Comme ces transitions sont souvent rapides, Romero se sert de cette narration particulièrement déroutante pour semer sournoisement un effroi lancinant qui prend bizarrement effet, non pas pendant le film mais après. Pendant qu'on rallume la lumière, pendant range le disque dans son boîtier, pendant qu'on le replace sur nos étages, l'esprit corrompu par une certaine amoralité et ce sens du fun qui s'est évaporé petit à petit pendant 120 minutes. Très fort…