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Qui Veut La Peau D'agatha Christie ? [page 3]

Par Kévin Dutot - publié le 19 novembre 2008 à 01h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h43 - 0 commentaire(s)
DIX PETITS NEGRES ET AUTRES INDIENS...
S’il y a bien un roman d’Agatha Christie sur lequel plusieurs réalisateurs se sont cassés les dents, c’est bien les Dix Petits Nègres... Ouvrage policier le plus populaire de tous les temps, il a toujours été difficile d’en faire une adaptation honnête, fidèle, contemporaine et intelligente au cinéma. René Clair est le premier à se lancer dans l’aventure en 1945. Production américaine, casting anglophone, le film sort aux Etats-Unis sous le titre « And Then They Were None » et en France sous l’appellation « Dix petits indiens »... Le politiquement correct a frappé. Le métrage reste néanmoins, et de loin, le plus réussi de toutes les adaptations du roman. Tous formats confondus...1965, George Pollock réalise un simulacre bien palôt et semble annoncer l’hécatombe qui suit avec le film de Peter Collinson, l’adaptation russe de Stanislas Govorukhin, Death on Safari d’Alan Barkin, présenté au Festival de Cannes en 1989 et La réception du canadien Robert Morin !



Si l’on rajoute quelques libres adaptations comme l’amusant Identity de James Mangold, les Dix petits nègres est en effet l’oeuvre de Christie ayant le plus inspiré le monde du cinéma. Cependant, depuis près de 20 ans, Agatha Christie n’a pas connu de véritables adaptations à succès en salles. C’est en France, et le phénomène s’est déclaré il y a quelques années, que l’auetur britannique a connu une nouvelle jeunesse... Depuis 2004, pas moins de quatre films sont sortis dans nos salles. Pascal Thomas ouvre le bal en réalisant Mon petit doigt m’a dit qui s’inspire des aventures de Tommy et Tuppence Beresford que nous pouvions retrouver dans quatre romans de l’anglaise. Rebaptisés Prudence et Bélisaire pour la France, le couple de détectives sur le retour parvient à se faire une petite place au box-office et persuade le cinéaste de se lancer dans l’adaptation d’un roman où apparaissait le personnage de Battle (Commissaire Bataille en VF) campé ici par François Morel. Il s’agit de L'heure zéro.... La forme est léchée, élégante, les mouvements de caméra gracieux, les cadres de belle composition et les décors de bon goût. Dommage qu'à cette indéniable compétence ne s'ajoute pas une originalité dans le traitement du récit, que tout cela demeure froid et académique. Ce qui reste c'est finalement l'habileté d'Agatha Christie, ces pièces du puzzle qui peu à peu se recomposent, ce plaisir astucieux que l'on prend à voir François Morel reconstituer les évènements et démasquer les secrets de ce petit monde. Mais tout cela manque cruellement de souffle. Un autre Pascal, Bonitzer cette fois-ci, porte alors Le Vallon sur grand écran sous le titre Le Grand Alibi… Un sympathique polar qui tient beaucoup plus pour son casting que son originalité.



D’ailleurs, entre L'heure Zéro et Le Grand Alibi, on peut retrouver le gratin du cinéma français : Miou-Miou, Lambert Wilson, Valeria Bruni-Tedeschi, Pierre Arditi, Anne Consigny, Danielle Darrieux, Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni, Laura Smet et bien d’autres… Cette année, la surprise vient du second épisode des aventures des époux Beresford (Dussollier et Frot) qui, après quatre semaines d’exploitation, totalise plus 1 100 000 spectateurs. La recette est efficace pour Le Crime est notre affaire. Le film fonctionne à plein régime grâce à la prestation de Catherine Frot mais difficile de ne pas pointer un académisme coupable laissant de côté le véritable apport que le cinéma pouvait offrir aux romans de Christie. Une critique qui pourrait d’ailleurs s’appliquer à la quasi-totalité des adaptations d’Agatha Christie, n’ayant jamais réussi véritablement à nous offrir autre chose qu’une simple et pure adaptation. Ce n’est pourtant pas la matière qui manque… On attend toujours le vrai chef d’oeuvre adapté de l’oeuvre de Christie. On se plaît d’ailleurs à imaginer ce qu’aurait pu nous offrir un cinéaste comme Alfred Hitchcock !
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