On a pu cataloguer un peu hâtivement Rachel Weisz. Ancien mannequin, gagnant sa gloire dans un blockbuster sympathique et assez réjouissant (quoiqu'assez anecdotique)
La Momie, à l'allure de serial qui ne se prenait pas au sérieux (sorte de très petit cousin d'
Indiana Jones), elle n'aurait pu être que l'argument de charme à cette grosse machine (et de sa suite ratée). Mais la belle est apparue auparavant dans l'envoûtant
Beauté volée de Bertolucci aux côtés de la gracieuse et juvénile
Liv Tyler. Certes on a pu également la retrouver à l'affiche du bancal -mais pas dénué de qualités-
Constantine (en Blu-Ray le 29 octobre). Elle y est l'image de la pureté bafouée pour qui un homme pourtant promis au diable depuis longtemps ira sauver son âme. Au coeur du grondement des batailles qui ravagent
Stalingrad, telle qu'elle a été filmée par Jean-Jacques Annaud, elle incarne la promesse d'un autre avenir en dehors de la guerre, une douceur à laquelle les hommes aspirent et pour laquelle ils vont se battre, voire s'entredéchirer.
Elle est une belle muse, une beauté irréelle, une inspiratrice comme on le voit encore dans
The Fountain de Darren Aronofsky, film d'abord déroutant mais qui, à le revoir, a bien l'allure singulière d'une grande oeuvre. Cette aura, même lorsqu'elle est malmenée par l'existence, ne perd jamais sa grâce, comme lorsqu'elle est furieuse dans My Bluberry nights de
Wong Kar-Wai. La beauté et la sensibilité rayonnante de Weisz touchent au coeur. Elle est de ces actrices dont il est facile de tomber amoureux, même le temps d'un film, même lorsque son intensité fait peur comme dans
The Constant gardener.
En quête d'elle-mêmeNée le 7 mars 1971 à Londres, l'histoire de sa famille est intéressante car liée d'une certaine manière au personnage qu'elle portraiturera dans
Stalingrad. D'origine juive, ses parents ont dû fuir l'Europe de l'est d'avant la seconde guerre mondiale, s'échappant en Angleterre pour ne pas être victimes de l'holocauste. Dans un monologue intense du film de Jean-Jacques Annaud, elle racontera comment les juifs de Russie étaient entassés dans des trains de marchandises, puis fusillés au bord d'une rivière attaché par deux, pour que le poids du mort entraîne son compagnon d'infortune par le fond. Les nazis perfectionnaient ces modes d'exécution monstrueux de cruauté pour économiser les balles. Parfois les reconstitutions historiques prennent des accents personnels assez troublants pour leurs interprètes.

Après une scolarité où elle se distingua d'abord par sa rébellion, elle fut repérée très jeune (à quinze ans à peine) et devint mannequin. Mais elle était déjà très intéressée par la comédie. Elle mena avec passion ses études de littérature anglaise avant de se lancer dans l'aventure. Elle se consacra au théâtre avec la même fougue. Au sein d'une troupe audacieuse, son talent trouva de quoi se révéler et s'épanouir. Les productions étaient volontairement provocatrices, violentes ou simplement improvisées. Un souffle de liberté créatrice emportait Rachel qui se livrait avec délice à cette expérience. Comme elles sont admirables, ces folles jeunesses !