Ces grands tableaux perdraient cependant beaucoup de leur impact si l'on explorait pas un minimum l'intimité des personnages. C'est là qu'intervient un motif beaucoup plus classique: le triangle amoureux. Law, devenu un héros soviétique se réfugie chaque soir dans la demeure d'une famille. Là il y rencontre une jeune femme admirative, incarnée par la douce Rachel. Seulement son ami Fiennes n'est pas indifférent à la grâce de la belle. Les deux hommes vont s'éprendre d'elle. Même si le coeur du film est la confrontation de deux snipers virtuoses,
Jude Law le russe contre
Ed Harris l'allemand (magnifique comme souvent), cette histoire a également son importance. Car le personnage de Weisz suit également son évolution, elle subit l'époque. Elle est celle par qui les sentiments vont s'exacerber, la tragédie se nouer et l'épisode guerrier prendre un caractère plus intime Elle est un enjeu certes, qui va attiser la rivalité entre deux amis apparemment inséparables. Elle a surtout une sensibilité profonde. Elle est celle par qui la face la plus barbare de l'époque va être évoquée (le sort fait aux juifs), elle est également celle qui va subir l'horreur et perdre tous ceux qu'elle aime. Elle atteint ici une dimension de véritable héroïne tragique, qui vient ajouter un aspect romanesque supplémentaire à ce film de guerre efficace et tendu. C'est par son personnage que les traits essentiels de l'humain se perpétuent. Même au milieu des ruines, il reste l'amour, la jalousie, la fureur, la chaleur d'une famille. C'est ainsi que
Stalingrad se distingue, par cette touche sensible personnifiée par Weisz, qui fait que ce film n'est pas seulement une reconstitution historique minutieuse. C'est en partie par elle et sa destinée pleine de fatalité tragique, que le film gagne sensibilité et profondeur.
A la suite de cela, elle jouera dans
Le Retour de la Momie en 2001, se trouvant mariée à Fraser et mère d'un petit garçon. La dite momie dans un musée, Imothep revient donc et il n'est pas content... Heureusement, Rachel prend assez vite ses distances pour aller tourner dans le très bon
Pour un garçon de
Paul Weitz en 2002.
Hugh Grant y était un irrécupérable célibataire, vivant des royalties générés par un tube que son père avait composé et qui était devenu un standard de Noël. Il voit sa farouche indépendance bouleversée par l'arrivée d'un garçon étrange dans sa bulle qui peu à peu devient son ami. Ils s'influencent mutuellement jusqu'à ce qu'il soit capable de tomber amoureux. Il finit par sacrifier sa vie solitaire et déposer les armes devant la rayonnante Rachel Weisz mère célibataire absolument craquante. Le ton du film est constamment et discrètement ironique, le regard sur ces personnages tous un peu paumés est d'une grande tendresse. L'un de ces films qui font du bien en une après midi pluvieuse, sans pour autant être faits de guimauve. Un petit rôle attendrissant dans un beau petit film.
Elle continue d'explorer un registre plus léger, mais psychologiquement assez intéressant dans
Fausses apparences de Neil Labutte où elle est une sculptrice que veut changer son petit ami (rôle qu'elle avait déjà joué au théâtre). Elle manipule donc son fiancé et le fait passer par divers états qui structurent le film. Elle apparaît ici assez trouble et machiavélique puisque son compagnon relooké par ses soins osera aborder la femme qu'il convoitait des années auparavant sans oser l'approcher. Cela crée quelques tensions. On sent chez Weisz la volonté d'aborder des rivages différents que ceux du catastrophique
Le Retour de la Momie, continuer de jouer avec passion comme dans sa jeunesse, retrouver l'audace où elle s'est épanouie tout d'abord, principalement au théâtre. Elle apparaît en femme fatale dans
Confidence, film policier dans un L.A vaguement tarantinesque. Elle se joint à
Le Maître du jeu, film de procès avec
Gene Hackman en affreux (étonnant non ?) défenseur des fabricants d'armes qu'elle attaque en justice. Elle est également à l'affiche de
Envy de Barry Levinson, comédie singulière avec
Ben Stiller (l'envieux),
Jack Black (qui a fait fortune) et le toujours grandiose
Christopher Walken (en vieux baba cool).Elle se cherche encore, s'affirme peu à peu.
Sa carrière au cinéma se poursuit avec
Constantine en 2004. Le film de Francis Lawrence apparaît clairement dans sa carrière comme un moment de transition. Elle retrouve
Keanu Reeves, ici chasseur de démons au bout du rouleau. On est devant un film à effets spéciaux, mais il a une véritable ambition. Esthétique d'abord: les moments en enfer rappellent les peintures cauchemardesques de Jerôme Bosch. Le casting, ensuite, fait appel à des acteurs de qualité, comme le déjanté
Peter Stormare en Lucifer ou la brillante
Tilda Swinton en ange Gabriel névrosé. Weisz incarne une policière, Angela, dont la soeur jumelle s'est suicidée. Juste avant de sauter dans le vide, elle a murmuré le nom de Constantine. La jeune femme se trouve alors précipitée dans un monde mystique et biblique assez inattendu, traité comme un film noir, dans une sorte de blasphème réjouissant. Mais on est toujours dans l'univers du blockbuster, avec des dialogues attendus et formatés, une mise en scène parfois approximative. Le résultat est donc assez déséquilibré, pris entre des ambitions diamétralement opposées, sans jamais trouver une identité propre. Rachel Weisz y est toutefois émouvante, très attachante, fragile et très belle. Au milieu de ce chaos, sa sensibilité s'impose.