Cinq notes de musiqueAlors qui sont ces extra-terrestres ? Physiquement, ce sont des petites filles dans des costumes en caoutchouc mais symboliquement, qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Le film se garde bien de nous le dire. De toute évidence, ils ne sont pas là pour jouer à Mars Attacks... Leur périple, leur longue observation et l’action de rendre aux famille les proches enlevés témoignent d’une véritable ouverture vers un monde qui n ‘est pas le leur. Le mode de communication que les humains réussissent à établir avec le vaisseau résume sommairement la situation. Installations éléctroniques, projecteurs de lumière et grands panneaux mécaniques pour sortir... cinq notes de musique. La forme est d’une compléxité à toute épreuve et le fond est d’une simplicité déconcertante. A moins que ce ne soit le contraire... Dans tous les cas, il faut comprendre que le langage universel permet d’établir des liens insoupconnés avec l’inconnu. Que la musique est élément fédérateur... S’il y a un cinéaste qui a compris ce concept, c’est bien Spielberg. Au delà des compositions les plus inoubliables du cinéma américain (Indiana Jones,
E.T,
Jurassic Park...), ses films possèdent également cet amour pour la musique à laquelle les personnages ne manquent jamais de rendre hommage. La chanson comme élément réunificateur dans
La couleur Pourpre, le jazz pour seule religion dans
Le Terminal, la danse comme révélation de soi dans
1941... les exemples pullulent dans le travail du réalisateur.
La musique de Spielberg (ou de John Williams...), si ce n’est dans les Dents de la mer où elle constitue à elle-seule un objet fortement perturbateur et angoissant, est une entité positive, rarement utilisé comme élément agressif. Même dans un film comme
La Guerre des Mondes, Spielberg préfère un silence de plomb et d’une froideur terrifiante lors de la première attaque qu’une musique appuyée... De la même manière, il ré-utilisera le thème principal du film
Pinocchio des studios Disney pour illustrer la spectaculaire et inquiétante rencontre sur Devil’s Tower et empruntera le Moon River d’Henri Mancini (bande originale de la comédie romantique
Diamants sur Canapé) lors d’une course-poursuite dans un centre commercial dans
Minority Report ! La musique apaise, adoucit et carresse...
Aux notes de musique correspondent des couleurs. Les aliens créent une véritable harmonie et un concert fait de lumières et de sons. L’accord est parfait entre humains et extra-terrestres... Spielberg nous annonce ainsi que le cinéma, s’il veut être en adéquation avec le spectateur se doit d’accorder son, musique et couleur !
EpiloguePrécisons désormais que
Rencontres du troisième type est un des films les plus passionnants de son auteur et qu’il n’est que le quatrième de sa filmographie ! Imaginez quelques secondes ce qu’a pu réaliser ce cinéaste de génie sur les trente années qui suivirent. Si vous n’avez jamais plongé à coeur ouvert dans l’univers foisonnant de Spielberg alors n’hésitez plus une seconde car il faut comprendre que le travail de ce réalisateur n’est autre qu’un profond travail d’auteur. De
Duel à
Munich, en passant par
E.T, Jurassic Park, La liste de Schindler ou
La guerre des Mondes, Spielberg a toujours su explorer les thèmes qui l’obsèdent et en faire partager les spectateurs du monde entier. Avec le temps, l’homme prend conscience de certains malaises et commence à donner à son cinéma une dimension de plus en plus sombre.
Le Terminal, sous ses airs bon enfant est un triste constat de la politique américaine et de ses dérives,
La Guerre des Mondes prévient que nous ne sommes plus très loin de reproduire les mêmes erreurs du passé,
Munich témoigne de l’engagement politique et pacifiste de l’auteur... Bref, tant de choses sont dites dans l’oeuvre de Spielberg qu’il serait dommage de résumer son travail à du simple divertissement. A l’image de
Rencontres du troisième type, le cinéaste est grand, démesuré même et dans sa capacité à montrer l’extraordinaire, Steven Spielberg est désormais devenu le cinéaste attitré de l’imaginaire... Et son plus grand talent est de développer le notre !