Bien avant le robot, il y avait l'automate. Durant le siècle des Lumières, l'Europe se prit de passion pour ces créatures mécaniques qui, à n'en pas douter, annonçaient l'âge d'or : un âge où la machine, mise au service de l'Homme, garantirait son émancipation. La suite des évènements fut un petit plus compliquée…

Bien sûr le Cinéma, premier des Arts à être né d’une machine, paiera immédiatement son tribut au monde de la mécanique. Ainsi George Méliès collectionnait les automates d'Houdini et en fabriquait lui-même, avant de découvrir les merveilles de la caméra; à ses yeux l'invention des frères Lumière n'était au fond que l'aboutissement de sa passion mécanique. Son film de 1897, Gugusse et l'automate, nous donne déjà à contempler ce que l'on n’appelle pas encore un Robot. Car il faudra attendre la fin des années 1920 pour que le public se familiarise doucement avec ce dernier terme et sa définition. A l'inverse de l'automate, qui ravissait d'emblée, le Robot est d'abord senti confusément comme une menace. On pense évidemment à la trouble et dangereuse Maria dans
Métropolis (1927), mais il faut savoir qu'elle fut précédée par un Robot gangster, à la tête d'un cartel (oui, vous avez bien lu), dans l'improbable sérial des Houdini (1920). C'est dans un autre serial qu'apparaîtront des Robots au service de l'humanité. En 1935, le cow-boy chantant Gene Autry découvre, dans l'épisode La Reine de l'empire fantôme, qu'une civilisation oubliée se tapit dans les profondeurs terrestres sous son ranch. Et c'est à l'aide Robots et d'uranium que ses habitants ont vécu, prospères et pacifiques, à l'abri des vicissitudes terrestres.
Consécutif au développement industriel, le Robot est accueilli par les américains avec la promesse d'un monde meilleur. Sa forme androïde, ses tentatives d'humanisation, sont alors vues comme une façon de se fondre en douceur dans l'environnement social, à la façon d'un animal de compagnie. Ainsi l'automate bûcheron de
Le Magicien d'Oz (1939) dont le physique filmique évoque explicitement le Robot, peut réclamer un "coeur", autrement dit réclamer une vie organique, sans risque d'effrayer la jeune Dorothy. Ce caractère d'animal de compagnie, d'ustensile ménager docile, sera le trait marquant de Robby le Robot dans
Planète interdite (1956) et de ses descendants directs (le Robot de la série TV
Perdus dans l'espace, Rosie la bonniche du dessin animé
Les Jetson etc.). Mais l'Amérique d'après-guerre va entrer de plein pied dans la paranoïa robotique dès octobre 1957, alors que les Russes annoncent avoir mis sur orbite leur premier satellite Spoutnik, petite tête chercheuse se baladant tranquillement au-dessus de l'Amérique sans que personne n'y puisse rien faire. Ainsi, au plus fort de la Guerre froide, le serviteur docile cèdera la place à quantité de robots staliniens dans une flopée de séries B catastrophistes. Et c'est dans la littérature seule, notamment dans l'oeuvre incontournable d'Isaac Asimov, que le concept du Robot serviteur de l'humanité sera développé avec force.