Les années 80 voient l'explosion d'un chômage massif dont on ignore alors le caractère structurel. A la recherche d'un coupable idéal, les médias et les comptoirs de bistro s'empressent de désigner le Robot comme l'origine de tous les maux. La machine aurait trop efficacement remplacé l'Homme dans les tâches subalternes. A défaut de chercher son émancipation, ce dernier crie son désoeuvrement. Le Robot serviteur et allié finit par disparaître des grands écrans, si l'on excepte le film
Short Circuit (1986) et sa suite
Appelez-moi Johnny 5 (1988) tentatives malheureuses de reproduire le succès d'
E.T. sans risquer le procès pour plagiat.
Et c'est à la télévision que le Robot servant et peu offensif trouvera son ultime refuge (de
La Bataille des planètes aux
Transformers). S'il lui arrive au Cinéma d'être encore un serviteur, il se vit systématiquement soupçonné de duplicité. Dans Aliens le retour, Ripley est convaincue que l'androïde Bishop lui réserve un sale tour (il se sacrifiera pour elle). Dans Terminator 2, Sarah Connor ne voit en le T800 qu'une machine à tuer et il faudra l'enseignement de son fils pour qu'elle se laisse aller à la confiance (le T800 se sacrifiera pour elle). Enfin dans
Total Recall, le taxirobot Johnny Cab est à ce point poli et serviable qu'il en devient insupportable pour le pauvre Quaid. Après l'avoir arraché de ses gonds, ce dernier le fera carrément sauter.
Comme souvent, c'est vers le japon qu'il faudra se tourner pour l'ouverture de nouvelles brèches de la SF. En 1987, un collectif d'artistes, parmi lesquels le grand Koji Morimoto et Katsuhiro Otomo, fait paraître le manifeste
Robot Carnival. Toutes les facettes alors connues du Robot, du grand destructeur au serviteur ultime, sont brossées avec poésie dans ce superbe film à sketches. A sa suite, le monde de l'anime proposera un catalogue très varié de Robots servants, dotés le plus souvent d'une IA déstabilisante, concept qui culminera avec les turbulents, craquants mais dangereux Tachikomas de la série
Ghost in the Shell: Stand Alone Complex. En 1999, Hollywood revient timidement à la SF optimiste, avec l'adaptation de la nouvelle d'Asimov
L'Homme bicentenaire. Hélas, les thématiques de l'écrivain s'accordent mal avec le "feel good movie familial" que les studios espèrent alors. Aussi y-a-t-il quelque chose d'un peu troublant à voir un Robot servant, incarné par
Robin Williams, devenir l'ami d'une petite fille avant de plus tard devenir carrément son amant ! (et on s'étonne que les familles n'aient pas été au rendez-vous).
Il faudra attendre 2008 pour que le Robot servant trouve une figure au diapason de son époque. Il s'appelle
Wall-E, et il range patiemment des montagnes d'ordures. Dans un monde sur-industrialisé, sur-consommateur, sur-pollué et surmédiatisé, le petit Robot d'Andrew Stanton nous rappelle à la dévotion et à la simplicité. Wall-E ne se contente pas de nettoyer la Terre, il réapprend à l'humanité ce que signifie le mot "vivre" et lui rappelle son devoir d'émancipation auquel rêvait le siècle des Lumières.