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Romane Bohringer : Intense Et Libre [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 13 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 13 octobre 2009 à 14h29 - 0 commentaire(s)
Romane Bohringer est une enfant de la balle. Toute gamine, elle suivait son père sur les plateaux, s'imprégnant des ambiances, envisageant déjà d'évoluer dans le cinéma. Elle est révélée par le film de Cyril Collard, les Nuits fauves en 1992. Elle s'impose également dans l'amitié complexe de Mina Tannenbaum. Abordant les films d'époque (Rimbaud Verlaine, la Femme de chambre du Titanic ou le Colonel Chabert), elle va peu à peu sortir de l'aura romantique de ses débuts et prêter son charme à des oeuvres plus légères (Nos enfants chéris, également décliné en série télévisée) et affirmer son indépendance. Elle est au sein du gracieux le Bal des actrices, mise en abyme réjouissante de Maïwenn (sortie le 19 août en DVD).

Fièvres romantiques

Fille de Richard Bohringer, née en 1970, elle partage avec son paternel plus d'un trait, dont l'intensité et la passion, cette manière de vous embarquer à chaque mot. C'est précisément ce qui la révélera au grand public et lui offrira des débuts fulgurants. Avec son père, elle apparaît sur les écrans dans Kamikaze de Didier Grousset en 1986. Elle se consacre ensuite avec passion au théâtre. Elle continuera régulièrement d'évoluer sur les planches.

Quelques années passent et en 1992 sort Les Nuits fauves de Cyril Collard, tragédie enfiévrée et romantique qui dépeint la jeunesse désenchantée des années Sida. On y suit la vie d'un jeune homme séropositif, condamné par cette terrible maladie, vivant intensément sa vie, d'une manière emportée, excessive, passionnée. Il multiplie les expériences car le temps presse. On le voit se perdre dans des étreintes malsaines et sans lendemains, des liaisons fugitives et parfois glauques. Mais au milieu de tout cela, il y a une passion amoureuse, tourmentée et douloureuse, avec une jeune femme, incarnée par la jeune Romane. Elle l'aime de toute son âme, de tout son corps. La jeune actrice est d'une expressivité extraordinaire, à la fois touchante, écorchée vive et bouleversante. Collard signe là son oeuvre ultime, romantique au sens littéraire du terme, pleine de ses démons, de sa violence et de son désarroi. La jeune comédienne y est tout simplement éblouissante et déchirante. La sensibilité qui émane d'elle marque au fer rouge tous ceux de cette génération là, qui n'ont jamais oublié son César, reçu dans la douleur (le cinéaste est mort juste avant la cérémonie). D'une certaine manière, Romane aura du mal à se détacher de ces images fortes, de cette inoubliable révélation.

Passant d'un extrême à l'autre avec une remarquable aisance, elle incarnera un personnage aux antipodes de celui là dans L'accompagnatrice de Claude Miller où elle recroise son père. Plutôt que de vivre ses passions, Romane interprète une jeune pianiste qui se tient en retrait, comme sa fonction l'impose (elle accompagne une cantatrice dans les tourments de la seconde guerre mondiale). De même, dans Mina Tannenbaum de Martine Dugowson, elle confirme sa maîtrise du mode mineur, campant un être retenu vivant une amitié complexe et riche avec Elsa Zylberstein (de l'adolescence bourrée de complexes aux illusions perdues). Romane n'est pas la jeune tragédienne romantique et passionnée à laquelle on l'a d'abord réduite. Elle a fait preuve de très belles nuances.


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