1. >
  2. >
  3. >
  4. >Romy Schneider : La vie et l'oeuvre entremêlées [page 3]

Romy Schneider : La vie et l'oeuvre entremêlées [page 3]

Par Nicolas Houguet - publié le 07 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 07 octobre 2009 à 19h04 - 0 commentaire(s)
C'est auprès de Zulawski dans l'Important c'est d'aimer, que Romy va au bout de son jeu, au coeur de sa part d'ombre. Elle flirte avec les gouffres, lorsqu'elle dépeint l'échec d'une actrice ratée. Elle va très loin dans le rôle, n'hésite pas à s'enlaidir, à aller dans la fièvre, dans le malaise, ce qui rend son interprétation troublante, presque dérangeante tant elle est au coeur de l'autodestruction. Elle représente les tourments de cette femme avec intensité, en empathie totale, sur la corde raide. Elle a incarné des personnages très sombres: elle était déjà l'image du bonheur profané dans le Vieux fusil, apparaissait dans des flash backs radieux et enjoués, terrifiants de contraste avec la vengeance de Noiret. Elle pouvait être à la fois totalement lumineuse et totalement sombre, équilibrant son personnage entre ces extrêmes. Elle peut être aussi une femme mystérieuse qui suit l'errance de Yves Montand dans Clair de Femme de Costa Gavras. Elle peut aussi être déterminée, comme dans La banquière, où l'on retrouve son caractère fort et inébranlable, qui ressemble à son intransigeance artistique. Le dénominateur commun de la plupart de ses personnages est d'ailleurs, et contre toute attente la force.


Jusqu'à la fin de sa vie elle dresse des portraits de femmes bouleversants de vérité comme dans La passante du sans-souci. Brisée par la mort de son fils, elle incarne ce rôle dans cette coïncidence toujours troublante entre sa vie et sa carrière. Elle y est une mère et une femme qui se débat pour se sauver des troubles de la guerre. Elle revisite de nouveau le passé d'une victime du nazisme. Le début du film est étrange, un homme important assassine un ambassadeur, puis on plonge dans son passé, celui de ses parents assassinés. C'est le dernier rôle de Romy. Le film sort un mois avant sa mort. Difficile d'oublier son destin lorsqu'elle tient cet enfant dans ses bras, son regard douloureux, expressif qui suggère tous ses sentiments à elle qui viennent enrichir son personnage. Et il y a toujours son sourire qui rayonne avec une fragilité poignante, tant il est inattendu, éclatant au milieu de la tragédie.

Romy Schneider bouleverse toujours. Peut-être parce qu'on connaît le drame de sa vie, les débuts insouciants et lumineux, les tempêtes de drames qui se sont abattus sur elle. Lorsqu'on la voit, c'est d'abord à cela qu'on pense. Mais elle frappe surtout par son exigence, sa trajectoire d'actrice qui l'incitait à aller vers l'inconnu, vers ce qu'elle n'avait pas déjà fait, avec une exigence têtue, une implication inébranlable. Au delà de l'image un peu évidente, du mythe autour d'elle, de ce que l'on projette sur elle, c'est cette intégrité intense et profonde qui la caractérise avant tout. Cette façon qu'elle avait d'incarner viscéralement ses rôles, d'aller plus loin, jusqu'à se faire violence et vaincre un trac dévorant. Des images éternelles et gracieuses: le beauté de son couple avec Delon, la complicité avec Piccoli et Sautet.


Elle est une légende, intense. Une actrice à présent débarrassée de son aura de princesse de conte de fée, cette réputation encombrante qui la minait et a gagné la place qui lui revient, celle d'une comédienne de référence, qui a imposé une nouvelle forme d'exigence dans son jeu, comme Patrick Dewaere. Ils étaient des comédiens qui osaient aller trop loin, quitte à y laisser un peu de leur âme, à se consumer, à ne pas savoir s'arrêter, à ne pas séparer l'art de la vie. C'est fragile, on pressent la tragédie, le danger d'évoluer sans filet. Et c'est peut-être cette fragilité là, cette urgence, cette souffrance qui fonde les vraies légendes et qui fait la vraie grandeur de l'art.

Romy Schneider aurait eu 70 ans cette année. Mais en dehors de toute commémoration, exercice toujours un peu apprêté et artificiel, sa carrière est sans cesse à redécouvrir et célébrer. Elle est une actrice qui a su s'imposer, faire oeuvre, trouver des rôles qui lui ressemblent et qui racontent de fort belle manière la femme qu'elle a été et l'influence majeure qu'elle exerce encore.
logAudience