Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 09 juillet 2008 à 15h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h02 - 0 commentaire(s)
Dès lors, à bien réfléchir et parce que la fuite de notre tueur blessé et gravement ensanglanté s’inscrit dans le même rapport de cadre pour aboutir sur une scène de music hall typique des cabarets de l’époque, ce segment de Blood brothers pose la question du caractère aussi violent, vicieux que sournois du chef de bande. Mais il révèle aussi les inimitiés liées à semblable attitude et cela chez ses propres hommes. On songe dès lors à toute la mise en scène comme à une leçon de dévoilement psychologique des personnages et de leurs personnalités. En effet, les alternances antagonistes (lumière-obscurité et mouvement-fixité) se répondent et dessinent à l’écran, le destin des protagonistes et leurs rapports en commun, tout en affichant la supériorité de l’un par l’autre.























Chang Chen est effectivement neutralisé par quelqu’un qui comme lui sort de l’ombre alors que son criminel de patron – déjà impressionnant de roublardise dans la scène précédente – est davantage présent à l’écran. Plus en mouvement et plus important en termes de présence sur la pellicule, il « mange » l’espace et le temps de celui qui veut le tuer. S’imposant de fait avec une véritable netteté sur celui qui veut sa mort, l’enregistrement de sa présence conduit à assurer et affermir sa domination. Et rien ne le montre mieux que la situation finale de la séquence : Hong s’assoit et trône dans une pose aussi déterminée que démonstrative de puissance – on est alors proche des portraits officiels de la fin du XIXe siècle - alors que Mark fuit en reculant et disparaît de la scène comme de l’écran dans la plus grande obscurité. Restant dans son monde et repoussé dans celui-ci, sa réduction jusqu’à la disparition dans le cadre implique sa défaite et plus encore la supériorité de celui qu’il cherchait à faire disparaître. Mais cela apporte aussi une possibilité scénaristique pour la suite qu’inscrit la reprise de la scène de cabaret qui suit la séquence : Mark reviendra-t-il ? Le Boss Hong succombera-t-il à ce qui pourrait être une vengeance en pleine lumière ?



Par conséquent, en suivant Alexi Tan à l’intérieur de cette séquence, on prit conscience de la possibilité qu’avait le cinéma de dessiner personnalité, motivation avec des ressorts aussi simples que la présence dans le cadre, la durée de cette dernière ou bien encore la relation qu’elle induit dans ses relations avec le mouvement et la lumière. En cela, Blood Brothers par sa dimension très classique mérite plus que notre attention parce qu’il réutilise des techniques et des manières de faire aujourd’hui délaissées par un cinéma plus bavard et conventionnel, celui de l’immédiate compréhension, un cinéma dépouillé de ses oripeaux et de ses spécificités ontologiques. En somme, si vous aimez le cinéma et si voulez découvrir un exemple chinois récent de ce que peut emprunter le film de genre à l’histoire générale du medium alors osez le très appréciable film d’Alexi Tan.


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