Par RLV / David A. - publié le 15 mai 2008 à 11h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h55 - 0 commentaire(s)
MICHEL DEVILLE SUR LE DOSSIER 51

Le film le plus étrange de Michel Deville est aussi l'un de ses meilleurs. A cause de (ou grâce à?) son nihilisme et sa puissance, Le dossier 51 reste un projet audacieux qui a bien failli ne jamais voir le jour. Explications avec le réalisateur himself.









Est-ce qu’aujourd’hui il est possible de monter un film comme Le Dossier 51?
L'existence du film relève du miracle. Pour le réaliser, j’ai dû m’accrocher. A l’époque, je me souviens avoir fait le tour des producteurs de Paris. Et ils ont tous refusé. Il faut dire que le scénario était illisible… Non seulement ils ne voulaient pas du scénario. Mais, surtout, ils me suppliaient de ne pas le faire. Selon eux, je courrais à la catastrophe en arguant que j’allais me ruiner, qu’il n’y aurait pas un chat dans les salles. Personnellement, j’étais persuadé que ça valait la peine de se battre. Vraiment. Tous les producteurs, tous les distributeurs n’en voulaient pas… Comme tout le monde avait refusé, j’ai refait un tour. Comme j’avais commencé par la Gaumont, je suis allé revoir la Gaumont une seconde fois. A l’époque, c’était Daniel Toscan-Duplantier. Par chance, c’était un personnage assez illuminé. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils l’ont foutu à la porte… Mon acharnement l’a amusé. Et puis il savait que ça ne coûterait rien à la Gaumont vu que je demandais juste l’assurance que le film soit distribué en salles et la publicité. Les autres producteurs auraient continué à dire non. Toscan est le seul qui a accepté. Il était plus joueur. Et puis ce n’était pas son argent mais celui de la Gaumont (sourire). Par chance, le film a reçu un certain succès. Du coup, j’ai pu faire tous mes films suivants jusqu’au moment où il a été jeté de la Gaumont par des actionnaires.


Est-ce que Le dossier 51 a connu un plus grand engouement à l’étranger qu’en France?
Oui. Il a eu un petit succès aux Etats-Unis. En Allemagne aussi, l’accueil était très enthousiaste. Ça n’a pas déplu. Ça reste le film le plus atypique de ma carrière. Il faut dire que le livre de Gilles Perrault était à la base extrêmement atypique. Chaque page était écrite comme des rapports d’agents. Tout était codé, il n’y avait aucun nom propre. C’était juste des numéros. Il y avait une demande d’enquête et une réponse quarante pages plus loin. C’est très approximatif parce qu’il n’y avait pas de numéros de page. Les pages ressemblaient à des dossiers tapés à la machine à écrire. Chaque service avait sa propre machine donc variait en fonction. Le roman de Gilles Perrault était sorti avant l’apparition des ordinateurs. Cette expérience de transposition reste très intéressante parce qu’elle m’a forcé à ne pas croire les gens. Plus les gens sont acharnés à vous dire «non», plus il faut se dire qu’il y a une raison. S’il y a un malaise ou un rejet, c’est que l’on touche un point sensible.

Propos recueillis par Romain Le Vern
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