Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 07 septembre 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h49 - 0 commentaire(s)
Sens et interprétation de la scène

L’intérêt de la scène est qu’elle se déroule sur deux plans, d’abord sur un plan littéral mais aussi sur un plan métaphorique. La chambre dans laquelle a lieu l’opposition entre Paul Newman et Charlotte Rampling, va jouer à plein son rôle de huis clos et va contribuer à engoncer le personnage masculin dans ses retranchements, contradictions et faiblesses. La mise en scène et la spatialisation de la séquence dans cette pièce vont dans l’alternance systématique de champs - contre champs, faire de la pièce le lieu des turpitudes du héros et transformer cet endroit en espace mental. Symboliquement, l’endroit va représenter la lutte qui anime la conscience et l’esprit de Franck Galvin ; ainsi, l’impression au visionnage sera que l’on voit se jouer devant nous, le conflit intérieur qui le mine.

Charlotte Rampling le malmène et l’aiguillonne sur le plan littéral mais plus sûrement, à l’échelle symbolique, incarne-t-elle le rappel du sens du devoir, de la morale et de la vertu dissipée du Franck Galvin d’autrefois. Elle fait appel à cela en lui en jouant cette conscience incarnée, presque fantastique que le cinéaste crée en jouant sur tous les ressorts à sa disposition (cadre, rythme, jeu, décor, habit, lumière, scénographie). De fait, cette lutte entre deux personnages est-elle l’affrontement des deux parts de l’individualité de l’avocat déchu. Lutte qui le verra aboutir à une souffrance extrême, obligé qu’il est pour obtenir le silence de se cloîtrer dans la salle des bains, pour apaiser ce déchirement intérieur. Dès lors, lorsqu’il ressort plus tard de la pièce à l’instant où la séquence d’une durée de presque trois minutes s’achève, l’axe de la caméra a changé et la situation physique également. La pièce est plongée dans le noir, Charlotte Rampling – Laura Fisher est étendue, endormie, sur le lit et lui la regarde, buvant un verre de whisky. Enfin, la caméra va resserrer le cadre sur lui à l’instant où il se lève pour le confronter à sa conscience et pour lui dire au revoir. Puis, en guise d’assentiment, d’affection retrouvée et de marque de son choix – se battre plus que se résigner –, il l’embrasse sur le front et part pour le tribunal. En quête de victoire et de vérité, faisant face et justement front à la difficulté. Retrouvé et en accord avec lui-même.



Avec une telle composition, est soulignée l’efficacité d’une mise en scène simple, faite avec une économie de moyens manifeste et pourtant particulièrement riche de sens et révélatrice du devenir du personnage principal. Marque d’un metteur en scène de talent et d’un cinéaste émérite, c’est grâce à ce type de séquence que l’on peut mettre en relief toute l’habileté de Sidney Lumet en tant que professionnel de l’image et de la narration. Décemment, le considérer comme l’un des plus grands réalisateurs américains encore vivants n’est nullement affaire de rhétorique mais de justice.


logAudience