Alors que
Jeux de dupes, la dernière réalisation de George Clooney, vient de sortir en salles cette semaine, DVDRama vous propose de revenir quelques minutes sur les traces du comédien et mettre de côté le réalisateur... Si l’on connaît son talent de médecin urgentiste dans Urgences et ses qualités d’homme chauve-souris, Clooney est également l’un des comédiens les plus 1900 des années 2000. Plus à l’aise dans un registre old school où la pellicule fleure bon le sépia, le comédien s’est construit une réputation à la Cary Grant en adoptant ses gestes, son jeu et même sa voix... Dans l’une des plus grandes comédies des frères Coen,
O’Brother, le comédien excelle et rend le long-métrage tout bonnement irrésistible. Aux côtés de John Turturro et Tim Blake Nelson avec lesquels il se trouve littéralement enchâiné, Clooney part dans une aventure mythique et mythologique. Quand les frères Coen revoient et corrigent l’Odysée d’Homère, voilà ce que ça donne !





Les frères Coen nous le font comprendre dès les premières secondes, à l’apparition du logo Universal, il va falloir tendre l’oreille et écouter ! La bande sonore arrive avant l’image : il s’agit d’un bruit de grillons, suivi d’un son métallique indéterminé. L’environnement sonore est omniprésent, amplifié et pousse le spectateur à prendre conscience de l’importance du son dans le film et, en toute logique, la musique... Le film s’ouvre d’ailleurs sur un carton de texte qui impose immédiatement la dimension onirique, artistique et musicale de l’oeuvre qui va suivre. C’est une requête, faite à une muse, celle de chanter l’histoire d’un homme qui erra. Un fondu au noir nous remet en position d’écoute jusqu’au moment où la musique reprend de plus belle, accompagnée cette fois-ci de chants. Nous sommes littéralement happés par la bande sonore du film qui semble avoir pris entièrement possession de notre attention... Pour ne pas la troubler, les Coen réalisent un premier plan d’une splendide neutralité qui nous permet de ne toujours pas poser notre regard. C’est l’horizon, une profondeur de champs infinie où même les nuages ne font pas obstacles à notre dérive visuelle. Le panoramique qui suit balaye subtilement le paysage et marque une véritable opposition avec la violence sonore... Rien ne vient déranger cette vision parfaite de panorama américain, de grands espaces et de soleil radieux si ce n’est, soudainement, cet homme armé posté sur son cheval. Puis un deuxième, au premier plan... L’arrivée des hommes dans ces vastes contrées se fait par le biais d’une arme. Edifiant ! Les frères Coen démarrent leur récit par le tout début : l’origine de l’Amérique, la conquète des territoires par la violence. Il s’agit bien là d’un récit mythologique, celui de la naissance d’une Nation ! Nous verrons d’ailleurs tout au long du métrage plusieurs éléments venant filer ce symbolisme à l’instar de l’omniprésence du Ku Klux Klan...




L’horizontalité est donc subitement bafouée par plusieurs verticales et une longue route horizontale, le récit peut donc démarrer. Nous comprenons alors que les chants provenaient d’un régiment de bagnards construisants les routes d’un pays en pleine édification. C’est donc sous les pleurs de la souffrance et de la peine que les routes d’Amérique sont conçues et plus particulièrement, sur celles du peuple noir. Le blues est immédiatement présent, lourd, élégiaque et sonne comme un cri affecté donnant le « la » au film qui va suivre. Sous le ciel bleu et ce soleil de plomb qui réduisent ces bagnards à de simples ombres, la souffrance est bien présente... Mais elle ne se pleure pas, elle se chante.