1. >
  2. >
  3. >
  4. >Scan Sequence : The Yards [page 3]

Scan Sequence : The Yards [page 3]

Par Kevin Dutot - publié le 30 novembre 2007 à 07h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h42 - 0 commentaire(s)

Le second plan est construit sur de nombreuses verticales découpant l’image et évitant le cadrage sur quiconque. Si notre regard suit la route tracée par les barres d’acier, nous passons donc à coté du personnage sensé nous intérresser. Comme évoqué plus haut, James Gray pose Mark Whalberg sur le coté, il ne le filme pas de face, il ne le centre pas, il le met tout simplement en retrait. Portant des vêtements d’une couleur identique à celle des sièges, il ne se détache absolument pas du cadre. Il ne se trouve ni dans la lumière ou dans l’ombre, mais entre deux. C’est d’ailleurs dans cette éclat en demi-teinte que le film se déroulera. The Yards est en effet une oeuvre travaillée de manière très picturale, jouant constamment sur les contre-jours, les visages assombris par l’ombre et éclairé par des bougies ou de petites lampes. Ici le visage de Whalberg est traversé par une verticale séparant la lueur extérieure aux teintes intérieures du métro... Pour identifier le personnage sur lequel nous devons porter notre interêt, Whalberg se met en mouvement pour attraper la barre de fer. Il tient dans son autre main un sac plastique dont nous comprendrons la présence plus tard. Ce n’est donc pas la caméra qui désigne le personnage mais bien un mouvement de ce dernier ! Comme s’il fallait qu’il agisse pour commencer à se faire remarquer...



On se retrouve alors face à un plan rapproché sur le personnage. Nous sommes à hauteur du visage mais il nous tourne le dos, il regarde par la fenêtre du métro... Lorsqu’il se décide à se montrer, il commence par baisser son regard. Une fois de plus, le cadre impose un léger décalage de Whalberg par rapport au centre mais la perspective de gauche est entièrement bouchée par cette barre d’acier que Whalberg venait de prendre en main. Son premier coup d’oeil est lancé à un policier que l’on aperçoit quasiment en vue subjective, l’officier nous regardant droit dans les yeux... Whalberg baisse les yeux à nouveau et ne soutient pas le regard du policier. Un sentiment de profonde humilité s’en dégage et le personnage se présente alors comme plié à l’autorité (l’autorité familial par prolongement), une impression appuyée par l’utilisation d’une légère contre-plongée mettant en valeur le réprésentant de l’ordre.


Une étrange voix sortie de nulle part introduit alors le plan suivant qui nous fera changer radicalement de décor... C’est un décompte, inversé à nouveau : « 1,2...1,2,3,... », une chanson démarre. Le film commencerait-il ici ? Il est intérressant de noter qu’à la manière de sa scène d’ouverture dans La nuit nous appartient, James Gray fait débuter son film sur une séquence plus ou moins neutre en matière de bande-son. L’arrivée brutale d’un titre de musique et d’une ambiance festive dans les deux cas cherche à projeter le spectateur dans un univers en décalage total avec la première séquence et le plonger avec ferveur dans un tumulte bruyant et peu évocateur au départ... Brouiller les pistes en somme. Cette courte séquence se termine ici mais en quelques secondes, James Gray à déjà bien entamé son film et ce de manière assez magistrale !
logAudience