Le scan séquence, qui vous offre chaque semaine un morceau de ciné décortiqué, analysé, déchiré, maltraité et sublimé, vous propose cette semaine de (re)découvrir une séquence de l’excellent
V pour Vendetta de James McTeigue... Et pourquoi donc ? Tout simplement parce que le nouveau film des frères Wachowski sort dans nos salles cette semaine et qu’avant de nous offrir une bouillie visuelle à la limite du tolérable, ils nous ont servis, en tant que producteurs, l’une des meilleures adaptations de BD de ces dix dernières années. Ni plus, ni moins...
V pour Vendetta constitue en effet une avancée fascinante dans le petit monde de l’entertainement hollywoodien puisque le film se permet de porter ses ambitions vers une conscience politique forte dont le message foutrait les chocottes à n’importe quel chef d’Etat. Prônant le chaos et le terrorisme symbolique pour la diffusion d’idées, le film évite toute forme de manichéisme mais impose un point de vue fort et puissant sur les nouvelles dictatures et la main basse mise sur les médias par les « grands » de ce monde. Si le film a pu être comparé à
Brazil, on reste néanmoins bien plus accroché à son fauteuil lors de la dernière séquence du film que durant tout le Gilliam, véritable feu d’artifice visuel d’où découle une incroyable émotion, sorte de mélange de sentiment de révolution, de populisme irérrisistible et de conscience politique exacerbée. Rarement un blockbuster made in USA nous aura autant convaincus et aux prochaines élections, un seul vote sera permis, celui de V ! Scan séquence d’une scène qui a littéralement scotché les spectateurs...




Replacons d’abord la séquence dans son contexte et au sein de la chronologie du film... Apposée à la suite d’une séquence de prémonition tout simplement incroyable où Stephen Rea imagine une rebellion pacifiste massacrée par une violente représsion, la scène finale est un climax attendu dès les premières minutes par le spectateur. Qui ne sera pas déçu... Le fameux 5th of November arrive ainsi comme une journée annonciatrice d’un nouveau lendemain duquel découlera un avenir incertain mais symbole d’un profond désir du peuple de faire table rase du passé et de reprendre un pouvoir qui lui appartient. Un retour à la démocratie. Nous allons donc tout bonnement assister à la chute d’une dictature et de ses symboles... Un évènement auquel le film parvient à donner un souffle épique et prolétaire, une dimension politique puissante rarement autant sublimée au cinéma ces dernières années. Ici tout est question de rythme puisque cette scène, censé se dérouler sur une heure est réduite à cinq courtes minutes. Un tour de force.




Tout commence par la mise en exergue d’un symbole : le temps. Comme nous l’avons précisé précédemment, nous assistons en cinq minutes au déroulement d’une heure entière et comme pour signifier l’importance de cette grande horloge, allégorie du passé et réprésentation matérielle du pouvoir en place, la séquence s’ouvre sur un gros plan de cette dernière. Il est 23h05 (11 :05 ou 5 novembre...), et il est l’heure pour le peuple de quitter ses foyers pour rejoindre les rues ! Une année précisément s’est déroulée entre l’annonce de Vendetta et cette manifestation dans la rue, une heure précisément va se dérouler entre l’arrivée des citoyens et l’explosion du parlement. Un cycle, un cercle, une partition millimétrée... D’ailleurs, en parlant de musique, il est important d’écouter l’incroyable composition de Dario Marianelli qui offre ici une dimension orchestrale, divine et grandiloquente tout au long de la séquence. Illustrant le souffle du peuple, la bande originale montera crescendo tout au long de la scène pour se terminer dans une explosion sensorielle. Car c’est d’explosion dont il s’agit ici... Mais nous y reviendrons plus tard.