C’est ici que nous assistons à une multitude d’explosions. Explosion de l’espace d’abord avec la percée des citoyens masqués qui réussisent à traverser le mur de militaires. Cette véritable infiltration, comme une nuée d’insectes grouillant autour d’une proie se propage, s’agrandit et dépasse toutes les barrières... L’espace n’existe plus, il est dépassé (les blocs de béton), étiré (la place principale sur laquelle un magma humain se répand), traversé (le pont), pénétré (le parc assombri). S’ensuit alors une explosion temporelle lorsque l’on découvre qu’une heure entière vient de passer. La séquence est une symbiose du sentiment révolutionnaire, parfaitement fougeux, vif et incontrôlable. Il est définitivement présent et il semble désormais inéluctable que le peuple prenne le pouvoir. Le jeu de Natalie Portman se fait alors plus lourd, sérieux et emprunt d’une certaine ironie. Elle établit alors les fondements des convictions de V et rappelle l’importance de la musique (l’art en général – la contestation dans une plus grande mesure) dans l’évènement qui va suivre...




La séquence s’accèlère, au rythme du métro qui démarre. L’instant T de l’explosion finale approche, le montage s’affole et construit un patchwork d’images alternant entre les rues vides, des plans de V, Evey, la foule, les militaires et enfin le parlement... La musique classique prend de l’ampleur, les enceintes déploient leurs vibrations, les yeux sont tournés vers l’horloge, symbole d’un pouvoir en train de disparaître. Puis l’explosion, enfin... Multipliant les plans de déconstruction, répétant sans fin les boules de feu, les murs vibrants, les vitres brisées, on croirait presque voir la séquence finale de
Zabriskie Point d’Antonioni qui faisait exploser la dictature du consumérisme et de l’american way of life. Le film se termine sur un splendide feu d’artifice et un discours d’Evey qui explique l’unversalité du propos de V et l’importance de la démocratie. Les visages de la foule anonyme se décrouvrent et laissent apparaître des hommes, femmes, enfants et personnages disparus au cours du film... Nous sommes dans une célébration, où les êtres redeviennent des individus à part entière, des entités uniques, respectées et craintes. Le pouvoir est renversé, V est dans les yeux de tous, comme une ultime boule de feu dans le ciel, illuminant de ses idées la raison des plus faibles...