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SergueÏ M. Eisenstein : La Theorie Pratique D'un Art [page 3]

Par David A. - publié le 04 novembre 2008 à 13h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h14 - 0 commentaire(s)
La séquence finale, très célèbre, du montage alterné entre la répression violente des masses ouvrières et la scène d’un abattoir à bestiaux reste l’un des exemples fameux du concept du montage des attractions. Une symbolique de la mise à mort nourrit la métaphore, celle de la population ouvrière immobilisée puis égorgée telles les vaches qui attendent leur heure. Mais ce sont bien ces dernières qui nourrissent l’homme, la métaphore se poursuivant sur le registre de la dépendance et de la nécessaire domination du plus grand nombre par quelques uns. Curieusement si les termes de la métaphore fonctionnent à plein régime, ce montage alterné perd de sa pertinence en termes visuels, pourtant au cœur de la problématique du montage des attractions.



Eisenstein ne cessera en fait jamais d’expérimenter cette notion afin de l’affiner dans ses films ultérieurs, en particulier ceux qui relèvent encore de l’émancipation des masses face au totalitarisme tsariste dans Le cuirassé Potemkine, La ligne générale ou encore Octobre, réalisé pour le dixième anniversaire de la révolution en 1928. Cinéaste en constante recherche de son propre langage cinématographique dans la lignée d’un David W. Griffith ou encore d’un Chaplin, Eisenstein aura œuvré sans conteste à l’enrichissement du vocabulaire cinématographique par le moyen de la théorie et de l’expérimentation. Reconnu et inlassablement cité comme une influence majeure par nombre de cinéastes tout au long du XXè siècle, Eisenstein n’atteint malheureusement plus les masses aujourd’hui, cantonné dans le rôle de réalisateur obscur de films muets d’un autre âge. Pourtant une certaine conception de la modernité irrigue son œuvre, non pas tant celle de la vision sociale érigée par le Parti que celle du rapport à l’homme avec son environnement, aussi bien le cadre du travail que le cadre de vie dans lequel il est immergé. Le temps des grèves violentes semblent loin mais chaque jour des milliers de personnes éprouvent la confrontation et le doute, la violence et la douleur. Une réalité sociale cyclique que n’aurait pas manqué de mettre en scène le cinéaste soviétique disparu en 1948.



David A.
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