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Southland Tales : Interview Richard Kelly [page 1]

Par - publié le 20 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 20 octobre 2009 à 10h35 - 0 commentaire(s)
Si on devait faire une métaphore, Southland Tales pourrait être décrit comme une bulle pop qui prend le pouls d’une époque paranoïaque entre politique bling-bling et porno chic. Dans Donnie Darko, l’action se déroulait à la fin des années 80, les étudiants portaient les mêmes uniformes, les lapins géants venaient hanter les nuits, les vieilles femmes attendaient du courrier dans leurs boîtes aux lettres vides, les prédicateurs tentaient d’inculquer des valeurs patraques, les Duran Duran et autres Tears for Fears cartonnaient au hit-parade, les cinémas proposaient en double-programme La dernière tentation du Christ et Evil Dead ; et le spleen des doux rêveurs désabusés, ceux qui avaient peur de mourir le lendemain, faisait exploser l’American way of life faisandé. Dans Southland Tales, tout commence par un bang : un champignon atomique filmé par deux enfants avec un caméscope. La fin d’un monde, le 11 septembre version 2.0 : les petites filles avec leurs groupes de danse dans les années 80 sont devenues des stars du porno, les ados préfèrent se suicider plutôt que de faire la guerre, les croque-mitaines ont des visages humains. Les enfants nés à l’époque de Donnie Darko sont alors devenus de féroces adultes qui ont perdu toutes leurs illusions ; et leur mélancolie se révèle incompatible avec le cynisme glam en vigueur. L’immense cirque de ce Southland Tales, travaillé par Kafka (l’illogisme), Orwell (le communisme selon La ferme des animaux) et K. Dick (dimensions parallèles, flics louches, contre-culture souterraine, hallucinogènes) se perd dans des détails et des anecdotes pour provoquer un chaos prophétique. Le seul moyen de s’en sortir en tant que spectateur, c’est de s’attacher aux personnages qui accomplissent leur destin, le souffle coupé, avec leur salive de miel dans une bouche pleine de cendres. On a interviewé le réalisateur Richard Kelly au festival de Cannes en 2006 et il y a quelques semaines. Histoire de prendre toute l'ampleur de cet objet fascinant, décrypté à la manière des grands complots.



Vous commencez le commentaire-audio de Southland Tales un jour avant le résultat des élections présidentielles aux Etats-Unis et faîtes des allusions à l’élection de Barack Obama.
Oui. Je fais partie de ces Américains qui ont été ravis de l’élection de Barack Obama et qui y voient une tournure historique majeure. Je pense que cela fait partie des moments les plus importants de ma vie, sans doute parce que je me sens concerné par la manière dont évolue la politique dans mon pays. Dans Southland Tales, la dimension politique est encore plus affirmée que dans Donnie Darko en représentant autant la réalité que le fantasme. Est-ce que les personnages évoluent dans un scénario ou dans la réalité ? La menace terroriste est-elle réelle ou cherche-t-on à faire peur pour nous faire consommer ou voter pour untel ? Je n’ai pas de réponses à ces questions, de la même façon que Southland Tales ne prétend pas délivrer de solutions. Je retiens juste un constat : beaucoup d’Américains ont flippé après le 11 septembre avant de changer radicalement dans leurs opinions et même virer de bord. C’est pour cette raison que le film démarre par une explosion filmée au caméscope par deux enfants. Dans Donnie Darko, j’avais déjà l’idée du réacteur d’avion qui s’écrase sur la chambre du protagoniste avant le 11 septembre. Bien sûr, chacun est libre de voter pour qui il veut. Mais c’est hallucinant de voir à quel point cet événement a joué à lui seul un rôle de catalyseur.



Comme Donnie Darko, Southland Tales gagne à être vu à répétition.
Beaucoup de spectateurs ont trouvé Donnie Darko incompréhensible à sa sortie, mais le puzzle a pris de l’ampleur au fil des années. J’espère qu’il arrivera le même phénomène avec Southland Tales qui est encore plus complexe. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a un nombre incalculable d’informations données d’un seul coup.. Il faut voir et revoir le film pour tout assimiler. Ça peut paraître déconcertant au premier abord, mais j’adore ce genre de proposition de cinéma. Je suis comme ça. Certains s’énervent ou se désintéressent quand ils ne comprennent pas tout dès le premier visionnage. Moi, je préfère les films qui me font réfléchir et revenir dessus. J’aime intégrer cette idée dans mes films et cette tendance me vient certainement des films de David Lynch dont on ne comprend réellement le sens qu’au bout de cinq voire six visionnages. Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de refaire un film comme Southland Tales ; donc, celui-ci me satisfait.


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