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Stallone : Cineaste [page 1]

Par Florent Kretz - publié le 04 septembre 2008 à 09h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h59 - 0 commentaire(s)
"Stallone est une madeleine de Proust pour moi. C'est un acteur qui m'a toujours bouleversé. Pour moi, ça reste un grand héros du cinéma. J'ai une capacité à pouvoir voir n'importe quelle merde avec Stallone. J'ai vu tous ses films, même les pires. A un moment donné, c'est une affaire d'incarnation avec la dignité de la classe populaire, sa modestie et sa grandeur. Bien sûr, il s'est perdu dans le cinéma Reaganien et évidemment il fait partie de ces acteurs qui ont mis en avant leurs egos. Mais je fais partie des gens qui pleurent devant Rocky Balboa, qui ont pris un panard immense à voir le dernier Rambo en salles. L'idée chère à mon coeur d'une certaine conception du cinéma d'exploitation..."

Pascal Laugier



Oh joie ! Oh bonheur ! Ce n’est un secret pour personne, à la rédaction on aime bien Sylvester Stallone ! Et l’une des nouvelles qui nous fait immensément plaisir cette semaine est la sortie de son tout premier film en tant que réalisateur, le terrible La Taverne de l’enfer réalisé en 1978. L’occasion pour nous de faire un petit tour dans un pan plus confidentiel d’une carrière que beaucoup ont tendance à résumer à la prestation d’un roc foutant des baffes ! Retour sur un Stallone surprenant.

Il est inutile de revenir sur les années de galère et de vache maigre qui poussèrent le comédien Sylvester Stallone a écrire l’ultime chef d’œuvre qu’est Rocky. Film indispensable voire décisif pour une carrière qui semblait gentiment tourner en rond entre la figuration dans Bananas de Woody Allen en 1971, une prestation dans une bande érotique nommée L’étalon Italien l’année d’avant ou encore des œuvres complètement invisibles, telle que Les Mains dans les poches en 1974. Et ce n’est pas son jeu plutôt intéressant dans Rebel de Robert Schnitzer qui fera de lui la star mondiale que l’on connaît aujourd’hui. De figuration en figuration, son rôle le plus important aura finalement été celui du grimaçant Joe Viterbo dans le génial Death Race 2000 de Paul Bartel et produit par Corman. Toujours est-il que le rôle ultime, celui qui allait faire de ce petit immigré italo-américain une véritable révélation, ne pouvait venir que de lui, l’acteur ayant bien compris que personne ne l’attendait… D’ailleurs c’est justement de ce sujet et de sa vie que traite le script qu’il vend aux Artistes Associés au sacrifice d’un cachet d’or proposé mais avec la compensation de pouvoir incarner le rôle de sa vie. Passons toute l’histoire et le succès artistique, critique, public et humain que représentent les improbables aventures titanesques et réalistes du jeune boxeur de Philadelphie pour nous consacrer directement au sujet qui nous concerne. On peut être certain d’une chose : Rocky aura bel et bien présenté le comédien au monde mais il lui aura aussi permis de prendre certaines mesures quant à la suite de sa carrière. Si le décès de son agent de l’époque, Jane Oliver, marquera profondément la jeune star, c’est aussi les repères et les conseils qu’elle lui promulguait qui lui manqueront. Conscient que l’aura phénoménale qu’il semble dégager n’est peut-être qu’une illusion, Stallone se montre très regardant sur les masses de scripts qu’on lui envoie.



Son regard se porte tout de même sur celui contant la vie du syndicaliste Johnny Kovak qui se fera faucher par la corruption en pleine gloire. D’ailleurs il n’accepte le premier rôle de F.I.S.T. qu’à la condition de pouvoir totalement réécrire son rôle, initiative qui sera sa véritable marque de fabrique : à quasiment à chaque projet auquel il participera, Stallone remaniera le scénario pour le faire s’adapter à lui à défaut de se faufiler dans le carcan de personnages peut-être trop faibles à sa démesure. Réalisé en 1978 par Norman Jewinson qui avait signé deux ans plus tôt l’immense Rollerball, le film ne nous intéresse que dans le sens où il sera un échec retentissant : Stallone allait contre la volonté du public de retrouver une icône modèle puisque incarnant ici un homme se perdant dans les facilités de la pègre. Blessé par ce refus, il ressort de ses archives personnelles un script qu’il avait vaguement gribouillé en 1970 et qu’il avait alors baptisé Hell’s Kitchen en référence au quartier dans lequel il avait grandi. Le remettant au goût du jour et ajoutant quelques ingrédients optimistes qui ont fait le succès de Rocky, il propose à ses producteurs de réaliser ce nouvellement nommé Paradise Alley qui sera traduit par La Taverne de l’Enfer. Reprenant vaguement les thématiques du chef d’œuvre qui firent sa gloire quelques deux années plus tôt, La Taverne de l’enfer raconte l’histoire de trois frères participant à des combats clandestins pour pouvoir s’évader du quotidien moribond et sordide dans lequel ils stagnent. Oeuvre personnelle de Stallone, le film lui permettra à la fois de citer et de montrer d’où il vient réellement mais surtout de faire ses premières armes en tant que réalisateur. A la fois metteur en scène, scénariste et comédien, il se perd dans les taches et ne parvient pas à se montrer à la hauteur des attentes, signant un film plein de maladresses mais à l’honnêteté flagrante et au vécu ressenti. Tourné à partir de janvier 1978 dans Hell’s Kitchen, Brooklyn ou sur les quais de Hudson River, Stallone se donne à fond mais sans succès. Sa popularité publique est en perte de vitesse faute à une vie dissolue exhibée et les spectateurs ne se déplacent même pas pour découvrir sa première réalisation. Accablé par deux échecs consécutifs remarquables, il se plie à la volonté des Artistes Associés.


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