Comique de bar en duo puis à la télévision avant d’être acteur puis réalisateur, Takeshi Kitano est, à ce début de XXIème siècle, un des plus grands cinéastes japonais dont l’Oeuvre résonne comme une poésie absurde baignée de fantaisies et d’élucubrations esthétiques. Kitano est double, il est multiple. Ses deux derniers films, Takeshis’ et Glory to the Filmmaker!, le prouvent. Il y a d’une part «Beat» Takeshi, acteur nerveux hérité de son personnage de scène. D’autre part, il y a Takeshi Kitano, poète de cinéma qui se qualifie d’inculte mais dont la sensibilité renferme une grande idée de la beauté que s’occupent à délivrer ses films. Ces deux parts d’un même homme contiennent toute la complexité de l’auteur et, par ce biais, de son cinéma. La beauté des décors et d’une certaine tradition japonaise (voir Dolls), la concordance des images avec les haikus (petits poèmes japonais) (voir Hana-bi feux d’artifice) et l’esthétisation dramatique d’une violence délétère forment en grande partie la maestria d’un cinéma lyrique, merveilleusement effréné. Ce Classe/Pas classe, qui tend à s’occuper de tous les emplois de Kitano, du cinéaste à l’acteur, veut rendre pleinement compte du caractère de l’auteur et de la cohérence qui existe entre ses rôles et ses réalisations.
OUTRAGE - CLASSE
Dire qu'on espérait le véritable retour de Takeshi Kitano à Cannes après son triptyque existentiel, relevait de l'euphémisme. Or, force est de constater qu'Outrage nous rassure en revenant aux sources de ses premiers films, tout en assumant plus que jamais, une représentation de la violence sans fard. Jouissif !
JUGATSU - CLASSE
Moins séduisant que Sonatine, moins impactant qu’Hana-bi, Jugatsu est un métrage qui pose les pierres de chacun des succès à venir pour le cinéaste. Film élaboré aux détours des années 1990 à la suite de son inaugural Violent cop, Jugatsu autrement dénommé Boiling Point s’avère le premier film personnel du futur grand que s’apprête à devenir Takeshi Kitano. Composant une histoire et une forme qui préfigurent déjà à leur manière, les ruptures stylistiques et rythmiques qu’inaugureront ces succès futurs, Jugatsu marque la forte originalité d’un cinéaste qui pourtant nait au medium. Frondeur et drôle, violent et pourtant porté par une divine légèreté que la gravité mâtine de noirceur, ce métrage est un cocktail au goût prononcé et un bien curieux assemblage. Néanmoins, matrice à venir d’un cinéma qui questionne la temporalité et la représentation de la violence dans ses acceptions les plus diverses, Jugatsu surprend à l’aune des films qui le suivront, tout en finissant d’inscrire Kitano à ce moment, comme un acteur-cinéaste à suivre.


