SET ME FREE, WHY DON’T YOU BABE Dans l’inconscient collectif des cinéphiles, Christina Ricci est assimilée aux univers paranormaux et aux personnages décalés. Un pendant féminin de Johnny Depp. Après avoir été séduite dans un premier temps par les univers de Barry Sonnenfeld (les deux volets de
La Famille Addams) et dans un second par les circonvolutions indépendantes, il était logique que Christina croise le chemin de Johnny Depp qu’elle aurait dû croiser quelques années auparavant si elle avait eu l’âge de la reine du ping-pong magique. La rencontre se fera idéalement sous l’égide de Tim Burton et de son
Sleepy Hollow ; et on la voit s’épanouir au milieu des sorcières et des cavaliers sans tête en servant de guide (salvateur, démiurge, maléfique ?) au détective Ichabod Crane-Johnny Depp, personnage Burtonnien totalement désemparé à la maladresse bien appuyée. Belle mais pas trop, Christina change de look mais continue de se détester :
«Je me déteste tellement que j'en étais arrivée à recouvrir d'un drap tous les miroirs de la maison. Un jour, j'ai même demandé qu'on me change de place dans un restaurant parce que je voyais ma tête dans la vitrine.» C’est paradoxalement à cette période que Christina se pose et laisse d’autres actrices devenir les nouvelles Parker Posey éphémères. Marre d’être le produit d’un système.
BABYLOVE Adoratrice du verbe, elle donne la réplique à Jason Biggs dans
La vie et tout le reste, de Woody Allen, fausse comédie de passage de relais assez ratée. Jason qu'elle avait déjà croisé dans Prozac Nation, film qu'elle a co-produit. Et surtout croise sa copine métamorphosée Charlize Theron dans
Monster, rôle pour lequel elle perd neuf kilos et s’enlaidit (mais pas autant que Charlize qui, elle, donne l’impression d’avoir plongé sa tête dans une pizza). Un film courageux, pas glamour pour un sou, que ce portrait d’un tueur en série au féminin dans lequel la fiction rude et impressionnante évitait de faire du copinage avec le racolage et la putasserie. Entre temps, elle alterne petit et grand écrans en interprétant un personnage pimenté durant toute une saison de
Ally McBeal et fait un petit coucou dans la série
Grey’s Anatomy. En contrepartie, elle aligne les thrillers horrifiques hautement oubliables comme
Les témoins, de Brian Gilbert, dans lequel le seul argument valable était celui du pervers qui pouvait se rendre compte, l’œil lubrique, que son corps avait grandi en même temps que nos désirs. Ou encore,
Cursed, de Wes Craven, pitrerie lycanthrope dans laquelle la seule chose qui faisait peur était la facture du film. Au visionnage, on a peur pour miss Ricci qui donnait l’impression de s’être enfermée dans son image gothique sous l’emprise d’un Craven malintentionné (qui a fini par élégamment renier le film).
C’était sans compter le revival ultime de
Black Snake Moan, dans lequel elle casse – une nouvelle fois – son image de poupée gothique en épousant les courbes appétissantes d’une héroïne sortie de l’univers du Gregg Araki des années 90. Fière d’un corps qu’elle affiche sans complexe (elle est topless et en petite culotte pendant quasiment tout le film), Christina exorcise ses démons, se fond dans le blues moite et succombe à toutes les complaintes. Comme son complice SLJ, elle trouve ici son meilleur rôle depuis… Depuis quand au fait ?
Romain Le Vern